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Etat - Sujets Corrigés

2 dissertations complètes

Sujet #1

L'État est-il l'ennemi de la liberté ?

Problématique :

L'État, par sa nature contraignante, s'oppose-t-il nécessairement à la liberté individuelle, ou peut-il au contraire en être la condition de possibilité ?

Plan Détaillé

A. L'État impose des contraintes à l'individu

Hobbes dans le Léviathan montre que l'État naît du renoncement à la liberté naturelle illimitée. Dans l'état de nature, chaque homme a 'un droit sur toute chose', mais cette liberté absolue conduit à la guerre de tous contre tous. L'État impose des lois qui restreignent cette liberté première.

Réf : Hobbes, Léviathan, chapitre 13 et 14

B. Le monopole de la violence légitime

Max Weber définit l'État comme détenant 'le monopole de la violence physique légitime'. Cette concentration du pouvoir coercitif implique que l'individu ne peut plus user librement de la force et doit se soumettre aux décisions étatiques, sous peine de sanction.

Réf : Max Weber, Le Savant et le Politique

C. Les risques de l'État totalitaire

Comme le montre Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, l'État peut devenir l'instrument d'une domination totale qui anéantit toute liberté individuelle. Le totalitarisme représente la négation absolue de la liberté par un État qui prétend contrôler tous les aspects de l'existence.

Réf : Arendt, Les Origines du totalitarisme

Transition : Cependant, cette contrainte étatique ne vise-t-elle pas justement à garantir une liberté réelle, impossible dans l'état de nature ?

A. De la liberté naturelle à la liberté civile

Rousseau dans Du Contrat social distingue la liberté naturelle de la liberté civile : 'Ce que l'homme perd par le contrat social, c'est sa liberté naturelle [...] ce qu'il gagne, c'est la liberté civile'. L'État transforme une liberté anarchique et précaire en une liberté garantie par le droit.

Réf : Rousseau, Du Contrat social, Livre I, chapitre 8

B. L'État protège contre l'arbitraire

Montesquieu dans De l'Esprit des lois affirme que 'la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent'. L'État de droit, par la séparation des pouvoirs, protège les citoyens contre l'arbitraire et garantit une sphère de liberté individuelle. 'Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir'.

Réf : Montesquieu, De l'Esprit des lois, Livre XI

C. La liberté comme obéissance à la loi qu'on s'est prescrite

Rousseau poursuit : 'L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté'. Dans un État démocratique fondé sur la volonté générale, obéir à la loi, c'est obéir à soi-même en tant que co-législateur. L'État est alors l'expression de notre autonomie collective.

Réf : Rousseau, Du Contrat social, Livre I, chapitre 8

Transition : Mais cette conciliation entre État et liberté n'est-elle possible que sous certaines conditions précises ?

A. La limitation du pouvoir étatique

Benjamin Constant dans De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes souligne que l'État ne doit pas empiéter sur la sphère privée : 'Il faut donc que l'autorité se borne à être juste. Nous nous chargerons d'être heureux'. La liberté des Modernes exige un État limité qui respecte l'autonomie individuelle.

Réf : Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes

B. La participation démocratique

Tocqueville dans De la démocratie en Amérique montre que la liberté politique suppose la participation active des citoyens. Sans contre-pouvoirs et associations intermédiaires, même un État démocratique risque le despotisme de la majorité. 'Le despotisme me paraît particulièrement à redouter dans les âges démocratiques'.

Réf : Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome II

C. L'État comme libération des nécessités matérielles

Hegel dans les Principes de la philosophie du droit présente l'État comme moment de réalisation de la liberté : 'L'État est la réalité effective de la liberté concrète'. En garantissant les conditions matérielles et juridiques de l'existence, l'État permet aux individus de se consacrer à leur développement spirituel et moral.

Réf : Hegel, Principes de la philosophie du droit, §260

Conclusion

Bilan :

L'État apparaît d'abord comme une limitation de la liberté naturelle, imposant contraintes et obéissance. Pourtant, cette limitation est la condition d'une liberté civile supérieure, protégée par le droit et rendue effective par des institutions justes.

Réponse :

L'État n'est donc l'ennemi de la liberté que lorsqu'il dépasse ses fonctions légitimes ou devient autoritaire. Un État de droit, limité et démocratique, est au contraire le garant de la liberté véritable. Le danger ne réside pas dans l'État en soi, mais dans sa dégénérescence.

Ouverture :

Reste à déterminer la juste mesure de l'intervention étatique : jusqu'où l'État peut-il s'immiscer dans nos vies au nom de la sécurité et du bien commun sans menacer nos libertés fondamentales ?

Sujet #2

Un État peut-il être juste ?

Problématique :

L'État, en tant qu'institution humaine marquée par les rapports de force et les intérêts particuliers, peut-il réaliser la justice, ou celle-ci demeure-t-elle un idéal inaccessible ?

Plan Détaillé

A. L'État comme instrument de domination

Marx dans L'Idéologie allemande affirme que 'l'État est le pouvoir organisé d'une classe pour l'oppression d'une autre'. Loin d'être neutre, l'État sert les intérêts de la classe dominante et perpétue les inégalités économiques. La justice étatique n'est qu'une façade masquant l'exploitation.

Réf : Marx et Engels, L'Idéologie allemande

B. Le droit du plus fort légalisé

Platon dans La République fait dire à Thrasymaque que 'le juste n'est rien d'autre que l'utile du plus fort'. Les lois de l'État ne reflètent pas une justice objective mais les intérêts de ceux qui gouvernent. Pascal le confirme : 'Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste'.

Réf : Platon, La République, Livre I ; Pascal, Pensées, fragment 103

C. L'incompatibilité entre raison d'État et justice morale

Machiavel dans Le Prince montre que le gouvernant doit parfois agir contrairement à la morale pour préserver l'État : 'Il est nécessaire à un prince, s'il veut se maintenir, d'apprendre à pouvoir n'être pas bon'. La raison d'État (necessitas) peut justifier des actes injustes pour le bien supposé du tout.

Réf : Machiavel, Le Prince, chapitre 15

Transition : Pourtant, ces critiques ne présupposent-elles pas une conception trop étroite de la justice, et ne peut-on concevoir un État organisé selon des principes rationnels de justice ?

A. L'État juste comme harmonie des parties

Platon dans La République définit la justice comme 'l'accomplissement par chacun de sa fonction propre'. Un État est juste quand les trois classes (dirigeants-philosophes, gardiens, producteurs) remplissent leur rôle sans empiéter sur celui des autres. 'La justice consiste en ce que chacun fasse ce qui lui revient et ne se mêle pas de plusieurs besognes'.

Réf : Platon, La République, Livre IV

B. La justice comme équité (fairness)

Rawls dans Théorie de la justice propose deux principes de justice pour structurer l'État : 1) égalité des libertés de base pour tous ; 2) les inégalités économiques ne sont acceptables que si elles profitent aux plus défavorisés (principe de différence). Ces principes, choisis derrière un 'voile d'ignorance', garantissent l'équité.

Réf : Rawls, Théorie de la justice, 1971

C. L'État de droit comme réalisation de la justice

Kant dans la Doctrine du droit affirme que l'État a pour fonction d'établir 'un règne des fins' où chacun est traité comme fin en soi. L'État juste est celui qui garantit 'une constitution permettant la plus grande liberté humaine selon des lois qui font que la liberté de chacun peut coexister avec celle de tous les autres'.

Réf : Kant, Métaphysique des mœurs, Doctrine du droit

Transition : Mais ces modèles théoriques peuvent-ils se concrétiser dans la réalité politique, ou restent-ils des idéaux régulateurs ?

A. La démocratie comme processus vers plus de justice

Tocqueville dans De la démocratie en Amérique montre que le mouvement démocratique tend vers l'égalisation des conditions. 'Le développement graduel de l'égalité des conditions est un fait providentiel'. Bien qu'imparfaite, la démocratie permet une progression continue vers plus de justice par la participation citoyenne.

Réf : Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Introduction

B. La séparation des pouvoirs contre l'arbitraire

Montesquieu insiste sur la nécessité de diviser le pouvoir pour éviter l'injustice : 'Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser'. La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire empêche la concentration qui mène à la tyrannie et préserve un espace de justice.

Réf : Montesquieu, De l'Esprit des lois, Livre XI, chapitre 4

C. La justice comme exigence perpétuelle

Spinoza dans le Traité théologico-politique affirme que 'le but de l'État est la liberté'. L'État juste n'est pas un état atteint une fois pour toutes, mais une exigence constante de vigilance et d'amélioration. La justice étatique existe comme processus dynamique, non comme état statique.

Réf : Spinoza, Traité théologico-politique, chapitre 20

Conclusion

Bilan :

Si l'État est souvent marqué par les rapports de domination et l'injustice, il n'est pas condamné à le demeurer. Des principes rationnels de justice peuvent orienter son organisation, et des mécanismes institutionnels peuvent limiter l'arbitraire.

Réponse :

Un État peut donc être juste, non pas au sens d'une perfection absolue, mais comme réalisation progressive et toujours imparfaite de principes de justice. La justice étatique est moins un état qu'un horizon régulateur et un processus d'amélioration continue.

Ouverture :

Reste à savoir si, dans un contexte de mondialisation où les États voient leur souveraineté limitée par des forces économiques transnationales, la justice peut encore se réaliser au niveau national ou si elle nécessite de nouvelles formes de gouvernance globale.

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