Comment utiliser ces problématiques ?
Chaque problématique est une question type bac avec :
- L'enjeu philosophique : ce qui est en jeu
- 3 axes de réflexion : plan possible
- Pièges à éviter : erreurs fréquentes
- Mots-clés : concepts à mobiliser
L'État est-il l'ennemi de la liberté ?
Enjeu :
Déterminer si l'ordre étatique, par essence contraignant, s'oppose nécessairement à l'exercice de la liberté individuelle, ou s'il en est la condition de possibilité.
Axes de réflexion
Thèse : L'État, par sa puissance coercitive et législative, limite nécessairement la liberté (conception négative). Référence : Hobbes, pour qui l'État-Léviathan impose la paix par la crainte, au prix des libertés naturelles.
Antithèse : L'État, en instituant un droit commun, crée les conditions d'une liberté effective et garantie (conception positive). Référence : Rousseau, pour qui l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. L'État de droit (Kant) permet la coexistence des libertés.
Synthèse : L'État n'est pas l'ennemi de la liberté lorsqu'il se limite à un rôle de garant des droits et d'organisateur du cadre commun, mais le devient lorsqu'il tend vers le totalitarisme. Référence : La distinction libérale entre État minimal (Nozick) et État-providence, et la critique des dérives totalitaires (Arendt).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre liberté naturelle (faire tout ce qu'on veut) et liberté civile ou politique (agir dans un cadre de droits).
- ⚠Penser l'État de manière monolithique sans distinguer ses formes (démocratique, autoritaire, totalitaire).
- ⚠Oublier que l'absence d'État (anarchie) peut mener à la loi du plus fort, qui est aussi une négation de la liberté.
Mots-clés :
L'État doit-il garantir la justice sociale ?
Enjeu :
Définir les limites de l'intervention de l'État dans la sphère socio-économique : se contente-t-il d'assurer la justice commutative (respect des contrats) ou doit-il viser une justice distributive (redistribution des richesses) ?
Axes de réflexion
Thèse : Le rôle de l'État se limite à garantir les droits formels, la sécurité et le respect des contrats ; la justice sociale relève de la sphère privée et de la charité. Référence : La conception libérale classique (Locke, Nozick) pour qui la redistribution est une atteinte aux droits de propriété.
Antithèse : L'État a le devoir d'intervenir pour corriger les inégalités issues du marché et assurer une justice réelle, condition de la liberté et de la cohésion sociale. Référence : Rawls et son principe de différence ; la tradition républicaine et sociale-démocrate.
Synthèse : L'État doit trouver un équilibre entre la garantie des libertés économiques et la correction des inégalités les plus criantes, en visant l'égalité des chances plutôt que l'égalité des situations. Référence : La notion d'État-providence et ses critiques (risque d'assistanat, d'inefficacité).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre égalité (de droit, de fait, des chances) et justice.
- ⚠Penser la justice sociale uniquement en termes économiques, en négligeant les dimensions culturelles ou de reconnaissance (Honneth).
- ⚠Croire que la question est tranchée idéologiquement sans examiner les conséquences pratiques des différentes politiques.
Mots-clés :
Faut-il obéir à l'État ?
Enjeu :
Fonder l'obligation politique : l'obéissance à l'État relève-t-elle de la contrainte (force), de l'intérêt, ou d'un devoir moral ? Dans quelles limites cette obéissance est-elle due ?
Axes de réflexion
Thèse : L'obéissance est nécessaire à la survie de la société ; elle est fondée sur la force et l'intérêt (la peur du chaos). Référence : La conception réaliste de Hobbes : on obéit au Souverain pour échapper à l'état de nature, guerre de tous contre tous.
Antithèse : L'obéissance n'est légitime que si l'État est juste et respecte les droits ; le citoyen a un droit, voire un devoir, de résistance à l'oppression. Référence : Locke et le droit à la révolution ; Thoreau et la désobéissance civile ; la conscience individuelle face à la loi injuste (Antigone, Socrate).
Synthèse : L'obéissance est due à l'État de droit, issu d'un processus démocratique, car en lui obéissant, on n'obéit qu'à soi-même (autonomie). La désobéissance devient légitime face à un État qui viole ses propres principes. Référence : Rousseau (volonté générale) ; la théorie de la désobéissance civile comme correctif démocratique (Rawls).
Pièges à éviter
- ⚠Assimiler toute désobéissance à de l'anarchie ou à un rejet de l'ordre social.
- ⚠Penser que l'obéissance est toujours aveugle ou que la désobéissance est toujours héroïque.
- ⚠Négliger la distinction entre légalité (conformité à la loi) et légitimité (fondement moral du pouvoir).
Mots-clés :
L'État a-t-il pour but de maintenir l'ordre ?
Enjeu :
Déterminer la finalité première de l'institution étatique : est-elle purement négative (empêcher le désordre) ou positive (réaliser un idéal de justice, de liberté, de bien commun) ?
Axes de réflexion
Thèse : La fonction essentielle et première de l'État est d'assurer la sécurité et la paix sociale par le monopole de la violence légitime. Référence : La définition wébérienne de l'État ; Hobbes pour qui l'État a pour fin la préservation de la vie.
Antithèse : Maintenir l'ordre n'est qu'un moyen au service d'une fin plus haute : réaliser la justice, la liberté ou le bien commun. Référence : Aristote pour qui la Cité (polis) vise le « vivre bien » et la vertu ; la République de Platon visant la justice.
Synthèse : L'État doit maintenir un ordre juste, c'est-à-dire un ordre qui n'est pas la simple tranquillité mais qui permet l'épanouissement des citoyens et le respect de leurs droits. Un ordre injuste n'est qu'une oppression. Référence : La notion d'« ordre public » en démocratie, qui inclut la protection des libertés.
Pièges à éviter
- ⚠Réduire l'ordre à la simple absence de violence physique (le « silence des cimetières »).
- ⚠Opposer de manière trop rigide ordre et justice, alors qu'un ordre durable suppose un minimum de justice.
- ⚠Oublier que l'État peut être source de désordre (guerres, tyrannie).
Mots-clés :
Peut-on concevoir une société sans État ?
Enjeu :
Interroger la nécessité de l'institution étatique : l'État est-il un mal nécessaire, une étape historique contingente, ou une structure indispensable à toute vie sociale complexe ?
Axes de réflexion
Thèse : L'État est une institution historiquement datée et aliénante qu'il faut abolir pour réaliser une société libre et égalitaire. Référence : L'anarchisme (Proudhon, Bakounine) pour qui l'État est l'outil de domination d'une classe ; le communisme de Marx visant son dépérissement.
Antithèse : L'État est nécessaire à toute société au-delà d'une certaine taille pour coordonner les actions, arbitrer les conflits et produire des biens collectifs. Référence : La philosophie politique moderne depuis Hobbes : sans État, c'est la guerre de tous contre tous. L'état de nature est un état de misère et d'insécurité.
Synthèse : Si une société sans État centralisé est concevable (sociétés traditionnelles, utopies), elle suppose une homogénéité culturelle forte et une petite échelle. Pour les sociétés modernes, complexes et individualistes, des formes d'organisation politique (pas nécessairement étatiques au sens fort) semblent indispensables. Référence : Les expériences de démocratie directe à petite échelle ; la critique de l'État-nation et les visions fédéralistes ou cosmopolites.
Pièges à éviter
- ⚠Confondre État et société. Une société peut exister sans État (tribus), mais l'inverse est impossible.
- ⚠Idéaliser l'état de nature ou les sociétés sans État en occultant leurs limites (violence endémique, faible développement).
- ⚠Penser l'État de manière trop uniforme, sans envisager ses formes alternatives (État minimal, fédérations).
Mots-clés :
La violence de l'État est-elle légitime ?
Enjeu :
Justifier le monopole de la violence physique que s'arroge l'État : cette violence est-elle un mal nécessaire, ou peut-elle être moralement fondée ? Où s'arrête sa légitimité ?
Axes de réflexion
Thèse : Toute violence est illégitime ; l'État, en l'exerçant, se rend coupable du même mal qu'il prétend combattre. Référence : La pensée anarchiste et pacifiste ; la critique de la peine de mort (Beccaria, Victor Hugo).
Antithèse : L'État détient le monopole de la violence légitime (Weber) pour protéger les citoyens. Sa violence, encadrée par le droit (police, justice, armée), est le prix de la sécurité et de l'ordre juste. Référence : Hobbes (le Léviathan use de la force pour garantir la paix) ; la théorie de la légitime défense collective.
Synthèse : La violence étatique n'est légitime que si elle est strictement nécessaire, proportionnée, et subordonnée à des fins de justice. Elle devient illégitime lorsqu'elle est arbitraire, excessive ou tournée contre les droits qu'elle devrait protéger. Référence : La théorie de la guerre juste (jus ad bellum, jus in bello) ; les limites du droit de punir (abolitionnisme pénologique).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre violence légitime et simple usage de la force (une arrestation policière réglementaire n'est pas une « violence » au même titre qu'une agression).
- ⚠Croire que la légitimité morale et la légalité coïncident toujours (un État légal peut exercer une violence illégitime).
- ⚠Négliger les formes symboliques ou structurelles de la violence exercée par l'État (Bourdieu).
Mots-clés :
L'État doit-il se mêler de la vie morale des citoyens ?
Enjeu :
Délimiter la sphère de compétence de l'État : doit-il se contenter de réguler les actions extérieures (ce qui nuit à autrui) ou peut-il viser à améliorer les mœurs et les croyances des individus ?
Axes de réflexion
Thèse : L'État doit être neutre et laisser aux individus la pleine liberté de conscience et de morale privée, pourvu qu'ils ne nuisent pas à autrui. Référence : Le libéralisme de Mill (« ne nuire à autrui ») ; le principe de laïcité qui sépare la sphère publique de la sphère privée.
Antithèse : L'État a une fonction éducatrice et doit promouvoir une certaine conception du bien commun et de la vertu pour assurer la cohésion sociale. Référence : La tradition républicaine (Aristote, Rousseau) pour qui la citoyenneté implique des mœurs ; le perfectionnisme étatique.
Synthèse : L'État peut légitimement favoriser des valeurs civiques minimales nécessaires à la vie démocratique (tolérance, respect de la loi), mais il doit s'abstenir d'imposer une conception substantielle du « bien vivre ». La ligne de crête est entre l'éducation à la citoyenneté et le moralisme autoritaire. Référence : La distinction entre « éthique » (privée) et « morale » (publique des droits) ; le débat sur l'instruction civique.
Pièges à éviter
- ⚠Confondre morale (principes universels) et mœurs (coutumes particulières).
- ⚠Penser que la neutralité de l'État est possible ou souhaitable en toute chose (l'école, la santé publique véhiculent des valeurs).
- ⚠Assimiler toute intervention dans le domaine des mœurs (lois bioéthiques) à du paternalisme liberticide.
Mots-clés :
La nation est-elle le fondement de l'État ?
Enjeu :
Interroger le lien entre l'unité politique (l'État) et l'unité culturelle (la nation) : l'État moderne tire-t-il sa force et sa légitimité de la préexistence d'une nation, ou est-ce l'État qui « fait » la nation ?
Axes de réflexion
Thèse : L'État-nation est la forme politique moderne par excellence ; la nation, communauté de culture, d'histoire et de destin, fournit le ciment nécessaire à la solidarité et à la légitimité de l'État. Référence : Le romantisme politique allemand (Fichte) ; le nationalisme républicain français (Renan : « le plébiscite de tous les jours »).
Antithèse : Le fondement de l'État doit être rationnel et universel (le droit, le contrat), non un particularisme ethnique ou culturel. La nation, souvent construite a posteriori, peut être source d'exclusion et de conflits. Référence : L'universalisme des Lumières (Kant vers la paix perpétuelle) ; le cosmopolitisme ; les critiques du nationalisme (Arendt).
Synthèse : Dans les faits, l'État moderne et la nation se sont construits mutuellement. Un État viable a besoin d'un certain sentiment d'appartenance (patriotisme constitutionnel) qui peut se fonder sur l'adhésion à des principes politiques communs plutôt qu'à une identité ethnique. Référence : Habermas et le « patriotisme constitutionnel » ; la distinction entre nationalisme ethnique et nationalisme civique.
Pièges à éviter
- ⚠Confondre nation (sentiment d'appartenance) et État (institution).
- ⚠Prendre le modèle européen de l'État-nation pour un modèle universel et nécessaire.
- ⚠Opposer de manière trop simpliste universalisme et particularismes nationaux.
