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Langage - Sujets Corrigés

2 dissertations complètes

Sujet #1

Le langage est-il un instrument de domination ?

Problématique :

Si le langage apparaît comme un simple outil de communication neutre, ne peut-il pas également être détourné pour servir des rapports de force et d'assujettissement ?

Plan Détaillé

I. Le langage comme instrument de communication et de libération
A. L'outil de la pensée et de la connaissance

Le langage n'est pas un simple vêtement de la pensée, mais son milieu constitutif. Il permet de structurer le réel, de former des concepts et de construire un savoir objectif. Sans lui, la pensée resterait confuse et incommunicable.

Réf : Hegel, Phénoménologie de l'esprit

B. Le vecteur de l'intersubjectivité et du lien social

Par le dialogue, le langage permet la reconnaissance mutuelle des consciences. Il est le fondement du pacte social, permettant de substituer la persuasion à la violence et d'instituer une communauté réglée par des normes communes.

Réf : Habermas, Théorie de l'agir communicationnel

C. L'arme de la contestation et de l'émancipation

Prendre la parole, c'est affirmer son existence face à l'oppression. Le langage permet de dénoncer l'injustice, de formuler des revendications et de construire une conscience collective critique. Il est l'instrument par excellence de la résistance.

Réf : Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe

Transition : Ainsi, le langage semble être le medium par excellence de la liberté et de l'égalité. Cependant, cette fonction libératrice ne masque-t-elle pas une dimension plus sombre, celle d'un pouvoir qui s'exerce à travers les mots ?

II. Le langage comme dispositif de pouvoir et d'aliénation
A. La violence symbolique et l'imposition d'un ordre

Le langage n'est pas neutre. Il véhicule et naturalise les catégories de pensée d'un groupe dominant, imposant une vision du monde comme allant de soi. Nommer, c'est classer, et classer, c'est exercer un pouvoir.

Réf : Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire

B. L'idéologie et la manipulation par les discours

Le langage peut être utilisé pour dissimuler la réalité et fabriquer l'assentiment. À travers les slogans, la novlangue ou la rhétorique, il formate les esprits, empêche la pensée critique et sert des intérêts particuliers en se présentant comme universels.

Réf : George Orwell, 1984

C. L'aliénation par la structure linguistique elle-même

Le sujet ne maîtrise pas la langue qu'il parle ; il est parlé par elle. La structure symbolique du langage (ses règles, ses oppositions) précède l'individu et détermine sa place dans un ordre social et psychique dont il n'est pas l'auteur.

Réf : Jacques Lacan, Écrits

Transition : Le langage apparaît donc bien comme un redoutable instrument de domination, tant dans son usage que dans sa structure. Faut-il pour autant en conclure à une aliénation totale, ou existe-t-il une possibilité de se réapproprier la parole ?

III. Vers une éthique de la parole : se réapproprier le langage
A. La critique et le dévoilement des rapports de force

La première étape de l'émancipation consiste à rendre visible la dimension politique du langage. L'analyse critique des discours (scientifique, médiatique, politique) permet de dénaturaliser les évidences et de révéler les intérêts qu'ils servent.

Réf : Michel Foucault, L'Ordre du discours

B. La création langagière et la subversion des codes

La domination ne peut être totale car le langage est vivant et créateur. La littérature, la poésie, l'argot ou le détournement humoristique inventent de nouveaux usages, brouillent les codes établis et ouvrent des espaces de liberté à la marge des discours dominants.

Réf : Mikhaïl Bakhtine, Esthétique et théorie du roman

C. L'exigence d'un dialogue authentique et de vérité

Face au langage de domination, il faut opposer une éthique de la communication. Celle-ci suppose de rechercher sincèrement la vérité, de reconnaître la validité des arguments d'autrui et de viser un consensus fondé sur la raison et non sur la coercition.

Réf : Karl-Otto Apel, Éthique de la discussion

Conclusion

Bilan :

Notre réflexion a montré que le langage est un phénomène profondément ambivalent. D'un côté, il est la condition de la pensée, du lien social et de la libération. De l'autre, il se révèle être un vecteur privilégié de la violence symbolique, de l'idéologie et de l'aliénation.

Réponse :

Le langage n'est donc pas un simple instrument neutre que l'on pourrait utiliser pour le bien ou pour le mal. Il est intrinsèquement politique : sa structure et ses usages sont toujours déjà pris dans des rapports de pouvoir. En ce sens, il est bien un instrument de domination, mais une domination qui n'est jamais absolue car le langage contient aussi en lui-même les ressources de sa propre critique et de son dépassement.

Ouverture :

Cette analyse nous conduit à nous interroger sur les formes contemporaines de cette domination langagière. À l'ère des réseaux sociaux et des algorithmes, qui contrôlent la visibilité et la circulation des discours, comment penser une nouvelle écologie de la parole qui préserve la possibilité d'un dialogue démocratique authentique ?

Sujet #2

Parler, est-ce seulement communiquer ?

Problématique :

Si la fonction première et la plus évidente du langage est de transmettre une information, réduire la parole à cet échange utilitaire ne revient-il pas à méconnaître sa dimension constitutive pour l'être humain et ses relations ?

Plan Détaillé

I. La parole comme acte de communication intentionnelle
A. Transmettre une information : la fonction référentielle

La parole sert à décrire le monde, à énoncer des faits ou à partager des connaissances. Elle est un code qui permet de référer à des objets ou à des états de choses extérieurs, avec une visée de précision et d'objectivité.

Réf : Bertrand Russell, Signification et vérité

B. Agir sur autrui : la fonction conative ou injonctive

Parler, c'est aussi chercher à influencer le comportement d'autrui. À travers les ordres, les conseils, les demandes ou les promesses, la parole est une action qui vise à produire un effet pratique dans le monde.

Réf : John L. Austin, Quand dire, c'est faire

C. Exprimer ses états d'âme : la fonction expressive

La parole permet de manifester ses émotions, ses sentiments ou ses opinions personnelles. Elle est l'extériorisation d'une intériorité, rendant publique une expérience subjective.

Réf : Roman Jakobson, Essais de linguistique générale

Transition : Ainsi, la parole semble bien avoir pour vocation essentielle de communiquer, que ce soit une information, une intention ou un sentiment. Pourtant, cette conception instrumentale ne rend-elle pas compte d'une expérience plus fondamentale de la parole, qui excède la simple transmission ?

II. Les limites d'une conception purement communicationnelle
A. La parole comme acte existentiel et mise en présence

Parler, avant de communiquer un contenu, c'est d'abord se manifester comme un être-au-monde singulier. La parole est un engagement de tout l'être, une manière d'habiter le langage et d'être présent aux autres, au-delà du message échangé.

Réf : Martin Heidegger, Être et Temps

B. La dimension poétique et l'expérience du langage lui-même

La parole peut viser non l'utilité, mais la célébration du langage dans sa matérialité (sons, rythmes, images). La poésie, par exemple, communique moins un message qu'elle ne crée une expérience esthétique et invite à une écoute renouvelée du monde.

Réf : Paul Valéry, Tel Quel

C. La parole qui ne communique rien : le bavardage et le silence

Une grande part de nos échanges verbaux (bavardage, politesse, conversations futiles) ne vise pas à transmettre une information substantielle. À l'inverse, le silence partagé, loin d'être une absence de communication, peut être une forme de parole intense et profonde.

Réf : Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

Transition : La parole dépasse donc largement la fonction de communication. Elle apparaît comme le milieu même dans lequel l'humain se constitue et entre en relation. Ne faut-il pas alors considérer que parler, c'est avant tout instituer un monde commun ?

III. Parler, c'est instituer un monde et une relation
A. La parole comme fondement du lien social et du politique

Parler, c'est reconnaître autrui comme un interlocuteur valable et instaurer avec lui un espace de droit et de raison. Le dialogue est l'acte fondateur de la cité, qui substitue la persuasion à la violence et permet de construire un monde commun.

Réf : Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne

B. La parole comme acte de subjectivation et d'adresse

On ne devient un sujet qu'en étant appelé et interpellé par la parole d'autrui. Parler, c'est toujours s'adresser à quelqu'un, et cette adresse constitue réciproquement le locuteur et l'auditeur comme des sujets désirants et responsables.

Réf : Emmanuel Levinas, Totalité et Infini

C. La parole performative qui fait advenir ce qu'elle dit

Certaines paroles ne se contentent pas de décrire ou de communiquer ; elles accomplissent l'acte même qu'elles énoncent (comme « Je te déclare mari et femme »). Elles transforment ainsi la réalité sociale et les identités par la seule puissance de l'énonciation.

Réf : John L. Austin, Quand dire, c'est faire

Conclusion

Bilan :

Notre parcours a permis de dépasser une conception étroite de la parole comme simple transmission d'information. Si communiquer en est une fonction importante, elle n'en épuise pas le sens.

Réponse :

Parler, c'est bien plus que communiquer. C'est un acte existentiel par lequel l'être humain se manifeste, habite le monde et entre en relation avec autrui. C'est l'acte fondateur par lequel nous instituons un monde commun, nous constituons comme sujets et nous transformons la réalité sociale elle-même. La parole est l'élément vital de l'humanité.

Ouverture :

Cette richesse de la parole humaine nous invite à réfléchir à son avenir. Dans un monde où les communications numériques tendent à privilégier l'échange rapide d'informations utilitaires, comment préserver la dimension relationnelle, créatrice et instituante de la parole vivante et incarnée ?

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