Platon
428-348 av. J.-C. • Philosophie antique, Idéalisme
Thèse principale :
Le langage est un outil imparfait pour accéder à la vérité des Idées, une copie de la réalité intelligible.
Développement :
- 1
Critique de la sophistique : Le langage peut être manipulé pour persuader sans égard pour la vérité (cf. Gorgias).
- 2
Théorie des Idées : Les mots désignent des réalités sensibles qui ne sont que l'ombre des Idées éternelles. Le langage est au second degré par rapport à la vérité.
- 3
Dialectique : Seul le dialogue raisonné (dialectique) permet de s'élever, par le langage, vers la connaissance des essences.
Citations clés
"« Le langage est donc l’instrument qui nous fait connaître ce que nous ne connaissions pas, en nous le rappelant. »"
— Phèdre, 275a
"« Les noms, à mon avis, sont en quelque sorte des instruments d’enseignement et de distinction des réalités. »"
— Cratyle, 388b-c
En dissertation :
Pour problématiser la relation langage/vérité, critiquer la rhétorique manipulatrice, ou montrer les limites du langage à saisir le réel. En contre-argument, on peut opposer une conception plus positive du langage comme construction du sens.
Ferdinand de Saussure
1857-1913 • Linguistique structurale
Thèse principale :
Le langage est un système de signes arbitraires où la valeur de chaque terme est purement différentielle et relationnelle.
Développement :
- 1
Signe linguistique : Unité indissociable d'un signifiant (image acoustique) et d'un signifié (concept). Le lien entre les deux est arbitraire (pas de motivation naturelle).
- 2
Langue vs parole : La langue est le système social et abstrait, la parole son usage individuel. La philosophie du langage doit étudier la langue comme structure.
- 3
Valeur différentielle : Un signe ne vaut pas par son contenu positif, mais par ses différences avec les autres signes du système (ex: "mouton" vs "sheep").
Citations clés
"« Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire [...] j’entends par là qu’il est immotivé, c’est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n’a aucune attache naturelle dans la réalité. »"
— Cours de linguistique générale, Première partie, Chapitre I
"« Dans la langue, il n’y a que des différences sans termes positifs. »"
— Cours de linguistique générale, Deuxième partie, Chapitre IV
En dissertation :
Pour analyser le langage comme système autonome, déconstruire l'idée d'un lien naturel entre mot et chose, et fonder une approche structurale. Permet de passer d'une réflexion sur les mots à une analyse des relations entre les signes.
Ludwig Wittgenstein
1889-1951 • Philosophie analytique
Thèse principale :
La signification d'un mot est son usage dans le langage, lui-même compris comme une forme de vie. Les problèmes philosophiques naissent d'un mauvais usage du langage.
Développement :
- 1
Tournant linguistique : Passer de la première philosophie (Tractatus) où le langage figure les états de choses, à la seconde (Recherches) où il est un outil dans des jeux de langage.
- 2
Jeux de langage : Le sens émerge de règles d'usage partagées dans une communauté, intégrées à une « forme de vie ». Il n'y a pas d'essence unique du langage, mais une multiplicité de jeux.
- 3
Thérapeutique philosophique : La tâche de la philosophie est de dissoudre les problèmes métaphysiques en ramenant les mots à leur usage ordinaire et en débusquant les analogies trompeuses.
Citations clés
"« La signification d’un mot est son emploi dans le langage. »"
— Recherches philosophiques, §43
"« Imaginer un langage signifie imaginer une forme de vie. »"
— Recherches philosophiques, §19
"« Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde. »"
— Tractatus logico-philosophicus, Proposition 5.6
En dissertation :
Pour critiquer les prétentions métaphysiques du langage, insister sur sa dimension pragmatique et sociale, ou défendre une conception contextualiste du sens. Incontournable sur les questions de règle, d'usage et de vie sociale.
John Langshaw Austin
1911-1960 • Philosophie du langage ordinaire
Thèse principale :
Dire, c'est faire. Certains énoncés (performatifs) ne décrivent pas une action, ils l'accomplissent par le fait même d'être prononcés.
Développement :
- 1
Énoncés constatatifs vs performatifs : Les premiers décrivent un état de choses (vrai/faux), les seconds réalisent une action (heureux/malheureux). Ex: « Je te promets », « Je déclare la séance ouverte ».
- 2
Force illocutoire : Au-delà du sens (dimension locutoire), tout énoncé a une force (demander, ordonner, promettre) qui est son acte dans la communication.
- 3
Conditions de félicité : Un performatif réussi doit respecter des conventions contextuelles (locuteur habilité, procédure correcte, sincérité...), sans quoi il est « malheureux ».
Citations clés
"« Énoncer une phrase, c’est faire quelque chose. »"
— Quand dire, c'est faire, Conférence I
"« Le performatif est une énonciation qui permet de faire quelque chose par le fait même qu’on la profère. »"
— Quand dire, c'est faire, Conférence I
En dissertation :
Pour analyser la dimension active et sociale du langage, dépasser le paradigme purement descriptif ou représentatif. Très utile sur les thèmes de la promesse, de l'engagement, du droit, des institutions où le langage institue des réalités sociales.
Georges-Arthur Goldschmidt
1928-2024 • Philosophie du langage, Traductologie
Thèse principale :
Le langage est à la fois une prison (structure pré-établie) et le seul moyen de libération par la traduction intérieure et l'écriture.
Développement :
- 1
Langue maternelle comme structure : La première langue impose une vision du monde, une « grille » qui conditionne la pensée. Elle peut être vécue comme une contrainte (notamment dans l'expérience de l'exil).
- 2
Traduction comme salut : Apprendre une autre langue, et surtout traduire, permet de prendre conscience de cette prison et de s'en libérer partiellement. La traduction est un acte philosophique de décentrement.
- 3
Écriture et survie : Pour Goldschmidt, enfant juif caché pendant la Shoah, l'apprentissage du français et l'écriture furent des actes de résistance et de reconstruction de soi face à la violence et au silence imposé.
Citations clés
"« La langue maternelle est une prison dont il faut s’évader pour accéder à la liberté de penser. La traduction est cette évasion. »"
— La Traduction : Une évasion, Introduction
"« Chaque langue est une vision du monde, une manière spécifique de découper le réel. En apprenant une autre langue, on apprend à douter de la sienne. »"
— À l’insu de Babel
En dissertation :
Pour nuancer les approhes purement systémiques (Saussure) en introduisant la dimension existentielle, historique et politique du rapport à la langue. Montre comment le langage peut être aliénant mais aussi émancipateur. Excellent pour les sujets sur traduction, exil, identité.
