Justice - Problématiques
8 questions types pour le bac philosophie
Comment utiliser ces problématiques ?
Chaque problématique est une question type bac avec :
- L'enjeu philosophique : ce qui est en jeu
- 3 axes de réflexion : plan possible
- Pièges à éviter : erreurs fréquentes
- Mots-clés : concepts à mobiliser
La justice est-elle une convention ou une exigence naturelle ?
Enjeu :
Déterminer si la justice relève d'un accord social contingent ou d'un principe universel inscrit dans la nature humaine, ce qui engage sa légitimité et son fondement.
Axes de réflexion
Thèse conventionnaliste : La justice est une construction sociale (ex : Calliclès dans le 'Gorgias', la justice comme loi du plus fort ; Hobbes, la justice comme produit du contrat social pour sortir de l'état de nature).
Antithèse naturaliste : La justice est une exigence naturelle et rationnelle (ex : Aristote, la justice comme vertu complète dans 'L'Éthique à Nicomaque' ; Cicéron, la justice comme loi naturelle inscrite dans la raison).
Synthèse : La justice est une exigence naturelle de la raison qui doit s'instituer conventionnellement (ex : Rousseau dans 'Du Contrat Social' : la volonté générale réalise une justice qui dépasse les intérêts particuliers ; Rawls, la justice comme équité, principe rationnel choisi derrière un « voile d'ignorance »).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre « naturel » avec « biologique » ou « instinctif ». Ici, naturel renvoie souvent à ce qui est conforme à la raison ou à l'essence de l'homme.
- ⚠Opposer de manière trop simpliste convention et nature, sans voir que la convention peut réaliser une exigence naturelle.
- ⚠Oublier que la position « conventionnaliste » radicale peut mener au relativisme et à la négation de toute justice universelle.
Mots-clés :
La justice doit-elle être aveugle aux différences ?
Enjeu :
Interroger le principe d'égalité devant la loi : faut-il traiter tous les cas de manière identique (justice formelle) ou tenir compte des particularités pour atteindre une équité réelle ?
Axes de réflexion
Thèse de l'égalité formelle : La justice doit être aveugle pour garantir l'impartialité et l'universalité de la loi (ex : Kant, la loi morale doit être universelle ; la symbolique de la justice aux yeux bandés).
Antithèse de l'équité : La justice doit voir les différences pour corriger les inégalités factuelles et être véritablement juste (ex : Aristote, distinction justice commutative/ distributive ; politiques de discrimination positive).
Synthèse : Une justice formellement égale est le cadre nécessaire, mais elle doit être complétée par une recherche d'équité sociale qui compense les inégalités de départ (ex : Rawls, principe de différence : les inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre égalité et identité. L'égalité en droit n'implique pas un traitement identique dans tous les domaines.
- ⚠Penser que l'équité s'oppose toujours à la loi. Elle peut en être l'esprit face à la lettre.
- ⚠Croire que la discrimination positive est une injustice envers la majorité, sans en interroger le but correctif.
Mots-clés :
Faut-il obéir à une loi injuste ?
Enjeu :
Conflit entre l'obéissance à la loi (garante de l'ordre social) et la conscience morale individuelle. Questionne les limites de l'obligation politique et le droit à la résistance.
Axes de réflexion
Thèse de l'obéissance : Il faut obéir pour maintenir l'ordre social, la loi étant supérieure au jugement individuel (ex : Hobbes, le souverain doit être absolu pour éviter la guerre civile ; positivisme juridique : la loi est la loi).
Antithèse de la désobéissance : Il est non seulement permis, mais parfois obligatoire de désobéir à une loi profondément injuste (ex : Antigone de Sophocle ; Thoreau, 'La Désobéissance civile' ; Martin Luther King).
Synthèse : L'obéissance est le principe, mais elle trouve sa limite dans l'injustice extrême qui trahit le fondement même du droit. La désobéissance doit alors être civique, publique et non-violente pour appeler à une réforme de la loi (ex : Rousseau, la loi n'est légitime que si elle exprime la volonté générale ; théorie du droit de résistance à l'oppression).
Pièges à éviter
- ⚠Justifier l'anarchie ou l'obéissance aveugle. Il s'agit de trouver un critère pour distinguer loi injuste et simple désaccord.
- ⚠Oublier que la désobéissance, pour être légitime, engage souvent une responsabilité pénale (acceptation de la sanction).
- ⚠Confondre injustice de la loi et injustice dans l'application de la loi.
Mots-clés :
La justice peut-elle se passer de la vengeance ?
Enjeu :
Distinguer la justice institutionnelle, rationnelle et impartiale, de la vengeance passionnelle et privée. Interroge le monopole étatique de la violence légitime et la fonction de la peine.
Axes de réflexion
Thèse de la rupture nécessaire : La justice doit se constituer contre la vengeance pour instaurer un ordre pacifique et rationnel (ex : Hegel dans 'Principes de la philosophie du droit' : la justice de l'État dépasse le droit privé de la vengeance ; le monopole de la violence légitime selon Weber).
Antithèse de la permanence de la vengeance : La vengeance répond à une exigence psychologique et sociale que la justice froide ne satisfait pas pleinement (ex : besoin de reconnaissance de la victime ; sentiment d'injustice non apaisé par une procédure impersonnelle).
Synthèse : La justice institutionnelle doit intégrer et sublimer la dimension subjective de la vengeance (ex : la peine a aussi une fonction expressive et vindicative, elle « venge » la société et reconnaît la souffrance de la victime, mais de manière réglée).
Pièges à éviter
- ⚠Assimiler purement et simplement vengeance et justice primitive. La vengeance a sa logique (talion) qui n'est pas l'absence de règle.
- ⚠Penser que la justice moderne élimine toute passion. La colère publique peut être canalisée dans le procès.
- ⚠Négliger la question des victimes et de leur besoin de reconnaissance dans le processus judiciaire.
Mots-clés :
La justice est-elle compatible avec la pitié ?
Enjeu :
Examine la tension entre un jugement fondé sur la raison et l'universel (justice) et un sentiment particulier et subjectif (pitié). La pitié corrompt-elle ou humanise-t-elle la justice ?
Axes de réflexion
Thèse de l'incompatibilité : La pitié, sentiment partial et irrationnel, doit être exclue de la justice qui vise l'impartialité (ex : Kant condamne la pitié comme principe moral car non universel ; la justice doit juger l'acte, non compatir à la personne).
Antithèse de la nécessité de la pitié : La pitié est le fondement naturel de la justice et l'humanise (ex : Rousseau dans le 'Discours sur l'origine de l'inégalité' : « La pitié est un sentiment naturel » qui précède la raison ; elle tempère la rigueur excessive de la loi).
Synthèse : La justice rationnelle constitue le cadre, mais la clémence, forme raisonnée de la pitié, doit pouvoir en tempérer l'application dans des cas particuliers, sans en renier le principe (ex : distinction entre la loi et son application ; le rôle de la grâce ou des circonstances atténuantes).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre pitié (sentiment) et clémence ou équité (vertus raisonnées).
- ⚠Croire que l'impartialité exige l'inhumanité. La procédure juste peut coexister avec le respect de la dignité de l'accusé.
- ⚠Penser que Rousseau fait de la pitié le seul fondement de la justice, alors qu'il la combine avec la raison dans le contrat social.
Mots-clés :
L'efficacité est-elle un critère de la justice ?
Enjeu :
Conflit entre une conception déontologique de la justice (juste en soi) et une conception utilitariste (juste par ses conséquences). La fin justifie-t-elle les moyens ?
Axes de réflexion
Thèse déontologique : La justice est une valeur intrinsèque, indépendante de ses résultats. Un acte injuste reste injuste même s'il est efficace (ex : Kant, impératif catégorique ; on ne peut punir un innocent même pour le bien de tous).
Antithèse utilitariste : La justice se juge à ses conséquences. Est juste ce qui maximise le bonheur ou l'utilité collective (ex : Bentham, la peine juste est celle qui est utile à la société ; pragmatisme judiciaire).
Synthèse : L'efficacité sociale (paix, sécurité) est un objectif légitime de la justice, mais dans les limites du respect des droits fondamentaux qui sont des contraintes absolues (ex : Rawls combine une théorie de la justice comme équité avec des principes prioritaires qui limitent la recherche de l'utilité).
Pièges à éviter
- ⚠Caricaturer l'utilitarisme en lui faisant justifier n'importe quelle injustice. Il vise le bonheur de tous à long terme.
- ⚠Penser que la justice déontologique est indifférente aux conséquences. Elle les subordonne au respect du droit.
- ⚠Oublier que dans la pratique judiciaire, l'efficacité (ex : lutte contre la récidive) est un enjeu constant.
Mots-clés :
La justice suppose-t-elle l'égalité ?
Enjeu :
Préciser le lien conceptuel entre justice et égalité. La justice se réduit-elle à l'égalité ? Faut-il parfois être inégalitaire pour être juste ?
Axes de réflexion
Thèse de l'identité : La justice est essentiellement l'égalité de traitement (ex : formule « à chacun la même chose » ; l'isonomie dans la démocratie athénienne ; le principe moderne d'égalité devant la loi).
Antithèse de la distinction : La justice consiste souvent à traiter de manière inégale des situations inégales (ex : Aristote, justice distributive : « à chacun selon son mérite » ; justice sociale qui compense les inégalités).
Synthèse : La justice suppose un principe fondamental d'égalité des droits et de la dignité, mais exige des inégalités de traitement proportionnées aux différences pertinentes pour atteindre une égalité réelle ou une équité (ex : « À chacun selon ses besoins » chez Marx ; la théorie rawlsienne de la justice).
Pièges à éviter
- ⚠Prendre « égalité » au sens arithmétique strict (identique) et non au sens proportionnel (équitable).
- ⚠Croire que l'inégalité de traitement est toujours une injustice. Il faut se demander « inégalité en fonction de quel critère ? ».
- ⚠Confondre égalité des chances (formelle) et égalité des situations (réelle).
Mots-clés :
Peut-on se faire justice soi-même ?
Enjeu :
Questionne le monopole de la justice par l'État et les institutions. L'individu a-t-il le droit de rétablir lui-même ce qu'il estime être son dû ? Enjeu de l'état de nature vs l'état civil.
Axes de réflexion
Thèse de l'impossibilité légitime : Se faire justice soi-même mène à la guerre de tous contre tous et nie l'idée même de justice comme institution impartiale (ex : Hobbes, dans l'état de nature, pas de justice ; Rousseau, nécessité du tiers impartial ; l'État détient le monopole de la violence légitime).
Antithèse de la nécessité factuelle : Dans certaines situations d'extrême carence institutionnelle (état défaillant, légitime défense immédiate), se faire justice soi-même est un ultime recours nécessaire et reconnu (ex : la légitime défense en droit ; les résistants face à un pouvoir tyrannique).
Synthèse : Le principe absolu est la délégation de la justice à l'institution. L'auto-justice n'est qu'une exception temporaire et strictement limitée, qui appelle toujours à être validée ou reprise par la justice institutionnelle pour restaurer l'ordre du droit (ex : l'état de nécessité ; la désobéissance civile qui accepte son jugement par les tribunaux).
Pièges à éviter
- ⚠Justifier la violence privée et la loi du plus fort sous prétexte de sentiment d'injustice.
- ⚠Oublier que la légitime défense est une exception très encadrée par la loi, ce qui prouve que c'est l'État qui en définit les limites.
- ⚠Confondre se faire justice (exécution de la peine) et défendre son droit (action en justice).
