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Devoir - Sujets Corrigés

2 dissertations complètes

Sujet #1

Le devoir est-il une contrainte ou une libération ?

Problématique :

Le devoir, en tant qu'impératif moral, semble d'abord s'imposer à nous comme une limitation de notre liberté spontanée. Mais n'est-ce pas précisément en nous soumettant à cette loi que nous accédons à une liberté plus authentique, celle de la raison ?

Plan Détaillé

I. Le devoir comme contrainte : l'impératif qui s'oppose à nos penchants naturels
A. L'expérience immédiate du devoir : une obligation ressentie comme pénible

Le devoir se présente d'abord comme un 'tu dois' qui vient contrarier nos désirs et nos inclinations sensibles. Il est vécu comme une force extérieure, une exigence qui limite notre spontanéité. Kant, dans les 'Fondements de la métaphysique des mœurs', décrit cette opposition entre l'impératif catégorique et les penchants empiriques.

Réf : Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs

B. La dimension sociale du devoir : une norme imposée par la collectivité

Le devoir est souvent perçu comme l'intériorisation de normes sociales, de coutumes ou de lois. Il fonctionne alors comme un mécanisme de régulation et de contrôle, garant de l'ordre collectif au prix d'une limitation des libertés individuelles. Durkheim analyse cette fonction sociale intégratrice et coercitive du devoir.

Réf : Émile Durkheim, De la division du travail social

C. Le risque de l'hétéronomie : agir par devoir sans autonomie

Si le devoir est simplement subi, par crainte d'une sanction ou par habitude, il aliène l'individu. Il devient alors une pure contrainte hétéronome, où l'on obéit à une loi dont on n'est pas l'auteur. Cette obéissance passive est dénoncée par Rousseau comme une forme d'asservissement.

Réf : Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social

Transition : Ainsi, le devoir apparaît d'abord comme une force contraignante qui limite notre liberté. Cependant, cette conception négative mérite d'être nuancée : et si la véritable contrainte résidait plutôt dans la soumission à nos penchants sensibles ?

II. Le devoir comme libération de la raison : l'accès à l'autonomie morale
A. La liberté par la loi : l'autonomie kantienne

Pour Kant, la véritable liberté ne consiste pas à suivre ses désirs, mais à se donner à soi-même sa propre loi. Le devoir, en tant qu'impératif catégorique que la raison se prescrit, est l'expression de cette autonomie. Se soumettre au devoir, c'est donc obéir à sa propre raison, ce qui constitue la plus haute forme de liberté.

Réf : Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique

B. Se délivrer de la tyrannie des passions

Les passions et les désirs immédiats nous asservissent en nous faisant agir sous l'effet de causes externes. Le devoir, en nous permettant de résister à ces impulsions, nous libère de cette servitude. Les Stoïciens voyaient dans le devoir (le 'kathekon') le moyen d'atteindre l'ataraxie, la tranquillité de l'âme.

Réf : Sénèque, Lettres à Lucilius

C. Le devoir comme réalisation de soi : la vertu comme excellence

Pour Aristote, accomplir son devoir (ce qui est propre à la fonction de l'homme) permet de réaliser son essence rationnelle et d'atteindre l'eudaimonia, le plein épanouissement. Le devoir n'est pas alors une contrainte extérieure, mais la voie d'accès à l'excellence humaine (arêtè).

Réf : Aristote, Éthique à Nicomaque

Transition : Le devoir apparaît donc comme la condition d'une liberté authentique, rationnelle et morale. Mais cette conception universaliste et abstraite du devoir ne risque-t-elle pas de négliger la dimension concrète et relationnelle de l'existence humaine ?

III. Au-delà de l'opposition : le devoir comme réponse à l'appel d'autrui et engagement dans le monde
A. Le devoir comme réponse éthique à la vulnérabilité d'autrui

Pour Levinas, le devoir naît de la rencontre du visage d'autrui, qui m'ordonne 'Tu ne tueras point'. Il n'est ni contrainte sociale ni loi autonome, mais responsabilité infinie et asymétrique. C'est dans cette réponse à l'appel d'autrui que se constitue le sujet éthique.

Réf : Emmanuel Levinas, Totalité et Infini

B. Le devoir comme engagement concret et historique

Le devoir ne se réduit pas à une formule abstraite ; il s'incarne dans des engagements concrets, historiques et politiques. Pour Sartre, dans une situation donnée, le devoir est ce que l'homme invente en s'engageant librement et en assumant sa responsabilité devant tous les hommes.

Réf : Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme

C. La joie du devoir accompli : dépasser la dichotomie contrainte/libération

L'expérience du devoir pleinement assumé peut être source de joie et de plénitude, comme en témoigne la figure du 'héros' ou du 'sage'. Spinoza montre que la connaissance des causes qui nous déterminent (y compris le devoir rationnel) nous fait passer de la servitude passive à la liberté active, source de béatitude.

Réf : Baruch Spinoza, Éthique

Conclusion

Bilan :

Notre réflexion a parcouru trois moments : d'abord, la perception du devoir comme contrainte externe ou sociale ; ensuite, sa compréhension comme libération rationnelle et autonomie ; enfin, son dépassement dans une conception relationnelle et existentielle.

Réponse :

Le devoir n'est donc ni pure contrainte ni pure libération. Il est la structure même de l'existence éthique : une exigence qui, en nous arrachant à l'égoïsme naturel, nous constitue comme sujets responsables. Sa 'contrainte' est le revers nécessaire de la libération qu'il opère, nous faisant passer de l'être clos sur soi à l'être-pour-autrui.

Ouverture :

Cette analyse invite à interroger les limites du devoir : jusqu'où va notre responsabilité ? Le devoir peut-il parfois entrer en conflit avec d'autres valeurs, comme la compassion ou le bonheur ? La question du 'devoir d'humanité' face à la détresse extrême (comme l'analyse Hannah Arendt) pourrait prolonger cette réflexion.

Sujet #2

Faut-il toujours obéir à son devoir ?

Problématique :

L'obéissance au devoir constitue le fondement de la vie morale et sociale. Pourtant, l'histoire nous montre que des actes moralement condamnables ont pu être commis 'par devoir'. Cela nous oblige à nous demander si l'obéissance au devoir est inconditionnelle, ou si elle doit parfois être interrogée, voire désobéie.

Plan Détaillé

I. La nécessité d'obéir au devoir : fondement de l'ordre moral et social
A. Le devoir comme impératif catégorique : une obligation inconditionnelle

Pour Kant, le devoir, en tant qu'impératif catégorique, commande absolument et sans condition. 'Tu dois, donc tu peux' signifie que l'obligation morale ne souffre aucune exception. Obéir à la loi morale que la raison se donne est la condition de la moralité elle-même. La maxime 'Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle' exclut toute dérogation.

Réf : Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs

B. Le devoir comme pilier de la vie en société : la nécessité du contrat

L'obéissance aux devoirs définis par les lois est le ciment sans lequel la société se dissout dans la guerre de tous contre tous. Hobbes montre que renoncer à son droit naturel sur tout et obéir au souverain (et donc aux devoirs civiques) est la seule issue à l'état de nature, condition insupportable. Le devoir assure la sécurité et la paix.

Réf : Thomas Hobbes, Léviathan

C. La vertu comme habitude d'obéissance à la raison

Pour une tradition vertueuse, de Platon à Aristote, le bien consiste à accomplir la fonction propre de l'homme, guidé par la raison. L'obéissance au devoir (à ce qu'il faut faire) n'est pas une soumission, mais l'exercice même de la vertu, une 'disposition acquise' qui devient une seconde nature. Désobéir, c'est alors manquer à son excellence propre.

Réf : Aristote, Éthique à Nicomaque

Transition : Ainsi, l'obéissance au devoir semble requise absolument, tant pour la cohérence morale que pour l'ordre social. Cependant, cette obéissance inconditionnelle ne pose-t-elle pas problème lorsque le devoir prescrit semble injuste ou lorsque plusieurs devoirs entrent en conflit ?

II. Les limites de l'obéissance : lorsque le devoir devient problématique
A. Le conflit des devoirs : quelle obéissance prioritaire ?

La réalité concrète présente souvent des situations où plusieurs devoirs s'opposent (devoir familial vs devoir civique, devoir de vérité vs devoir de non-nuisance). Sartre illustre ce dilemme avec l'exemple de l'étudiant déchiré entre le devoir envers sa mère et le devoir envers la patrie. L'obéissance aveugle à un devoir unique est alors impossible et requiert un choix angoissant.

Réf : Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme

B. La désobéissance au nom d'un devoir supérieur : la conscience morale

Lorsque la loi positive ou l'ordre établi commande un acte que la conscience juge profondément immoral, la désobéissance peut devenir un devoir. Antigone, chez Sophocle, désobéit à la loi de Créon (le devoir civique) pour obéir à la loi divine non écrite (le devoir familial et religieux). La conscience individuelle se pose alors en juge ultime.

Réf : Sophocle, Antigone

C. La critique du devoir comme aliénation : les devoirs factices

Certains 'devoirs' ne sont que des préjugés, des coutumes oppressives ou des ordres illégitimes masqués en impératifs moraux. Nietzsche dénonce la 'morale d'esclaves' qui transforme la faiblesse en devoir. Obéir à de tels 'devoirs', c'est perpétuer l'aliénation et renoncer à sa puissance créatrice.

Réf : Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale

Transition : L'obéissance au devoir ne peut donc être absolue et doit être soumise à l'examen critique. Mais sur quels critères fonder cet examen pour éviter le relativisme ou l'arbitraire ?

III. Vers une obéissance éclairée : critiquer le devoir pour mieux le fonder
A. L'autonomie de la raison : n'obéir qu'à la loi que l'on s'est prescrite

La solution kantienne réside dans l'autonomie. Il ne s'agit pas d'obéir à un devoir extérieur, mais à la loi que ma raison universelle élabore. Le critère est l'universalisation de la maxime de mon action. Ainsi, la désobéissance à une loi positive injuste peut être commandée par l'impératif catégorique lui-même, si cette loi contredit la dignité humaine.

Réf : Emmanuel Kant, Réponse à la question : Qu'est-ce que les Lumières ?

B. La désobéissance civile comme devoir politique

Dans un État injuste ou liberticide, la désobéissance organisée et non-violente peut être un devoir civique pour rétablir la justice. Thoreau, puis Martin Luther King, ont théorisé et pratiqué cette désobéissance comme un moyen de faire appel à la conscience de la majorité. Elle n'est pas un rejet de la loi en général, mais un rappel à ses principes fondateurs.

Réf : Henry David Thoreau, La Désobéissance civile

C. La prudence (phronèsis) : juger la situation concrète

Aristote insiste sur la vertu de prudence, sagesse pratique qui permet d'appliquer les principes généraux (comme le devoir) aux situations particulières, toujours complexes. Il ne s'agit pas de désobéir par caprice, mais d'exercer son discernement pour déterminer, dans le cas concret, ce qui est véritablement le bien à faire, ce qui peut parfois impliquer de transgresser une règle générale.

Réf : Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VI

Conclusion

Bilan :

Nous avons vu que si l'obéissance au devoir est nécessaire à la vie éthique et sociale, elle ne saurait être un automatisme. Elle se heurte aux conflits de devoirs, à l'injustice de certaines prescriptions et à la nécessité de l'autonomie.

Réponse :

Il ne faut donc pas 'toujours' obéir à son devoir de façon mécanique, mais toujours s'efforcer d'obéir au vrai devoir. Cela suppose un travail constant de la raison pour discerner, dans l'universel et dans le concret, ce qui est moralement requis. L'obéissance doit être éclairée, critique et autonome.

Ouverture :

Cette réflexion conduit à interroger les fondements du devoir lui-même. Si l'on doit parfois désobéir à un devoir factice, qu'est-ce qui fonde en dernier ressort l'autorité du devoir authentique ? La question du fondement de l'obligation morale (Dieu, la raison, autrui, la vie...) reste ouverte.

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