Aller au contenu principal

Devoir - Problématiques

8 questions types pour le bac philosophie

Comment utiliser ces problématiques ?

Chaque problématique est une question type bac avec :

  • L'enjeu philosophique : ce qui est en jeu
  • 3 axes de réflexion : plan possible
  • Pièges à éviter : erreurs fréquentes
  • Mots-clés : concepts à mobiliser
Problématique #1

Le devoir est-il une contrainte ou une libération ?

Enjeu :

Comprendre si l'obligation morale aliène la volonté individuelle ou, au contraire, constitue la condition de notre véritable autonomie et de notre élévation.

Axes de réflexion

1

Le devoir comme contrainte extérieure et aliénante (perspective hétéronome) : il s'impose à nous contre notre désir (Freud, « Malaise dans la civilisation »).

2

Le devoir comme libération par l'autonomie de la volonté (Kant) : agir par devoir, selon la loi que la raison se donne à elle-même, c'est être libre.

3

Le devoir comme réalisation de soi et dépassement (Hegel, « Phénoménologie de l'Esprit ») : l'accomplissement des devoirs sociaux (famille, travail, État) est le lieu où l'individu concret trouve sa substance éthique et sa liberté.

Pièges à éviter

  • Réduire le devoir à une simple obligation pénible et extérieure.
  • Opposer de manière trop simpliste désir et devoir.
  • Confondre l'autonomie kantienne (obéissance à sa propre loi rationnelle) avec la simple indépendance ou le refus de toute règle.

Mots-clés :

ContrainteLibertéAutonomieHétéronomieKantImpératif catégoriqueRaison pratique
Problématique #2

Faut-il toujours obéir à son devoir ?

Enjeu :

Interroger les limites de l'obéissance au devoir et la possibilité d'un conflit entre devoirs ou d'un devoir de désobéissance face à une loi injuste.

Axes de réflexion

1

L'obéissance inconditionnelle au devoir comme fondement de la moralité (Kant) : la loi morale ne souffre pas d'exception ; agir par devoir a une valeur absolue.

2

La nécessaire hiérarchisation des devoirs et la possibilité du conflit (cas de conscience) : devoir envers l'État vs devoir envers l'humanité (Jankélévitch).

3

Le devoir de désobéissance civile face à des lois injustes (Thoreau, « La Désobéissance civile » ; Arendt) : l'obéissance aveugle peut être immorale ; un devoir supérieur de justice peut commander la désobéissance.

Pièges à éviter

  • Penser que cette question invite à justifier la paresse ou l'égoïsme (« faut-il *vraiment* toujours ? »).
  • Confondre désobéissance civile (publique, non-violente, acceptant la peine) avec rébellion ou anarchie.
  • Oublier de traiter le cas concret du conflit de devoirs.

Mots-clés :

ObéissanceInconditionnelConflitDésobéissance civileLoi injusteConscienceKantThoreau
Problématique #3

Agir par devoir, est-ce renoncer au bonheur ?

Enjeu :

Examiner la relation souvent conflictuelle entre la moralité (fondée sur le devoir) et la recherche du bonheur comme fin naturelle de l'homme.

Axes de réflexion

1

L'opposition radicale : la moralité kantienne exclut toute considération du bonheur comme mobile ; le devoir s'oppose à l'inclination.

2

La convergence possible : l'accomplissement du devoir procure une satisfaction d'un ordre supérieur, une « félicité » (Kant) ou une « joie » spinoziste, distincte du plaisir sensible.

3

Le dépassement : dans une perspective eudémoniste (Aristote), la vertu, qui inclut l'idée de devoir, est constitutive du bonheur véritable (« bien suprême »).

Pièges à éviter

  • Identifier le bonheur au seul plaisir immédiat ou à la satisfaction des désirs.
  • Faire de Kant un penseur hostile au bonheur ; il le considère comme un bien, mais pas comme le fondement de la moralité.
  • Ne pas distinguer le bonheur comme *but* de l'action et le bonheur comme *conséquence* possible de l'action vertueuse.

Mots-clés :

BonheurInclinationVertuMoraleEudémonismeAristoteKantSatisfaction
Problématique #4

Le devoir a-t-il sa source dans la raison ou dans la sensibilité ?

Enjeu :

Déterminer l'origine de l'obligation morale : est-elle le fruit d'un calcul rationnel ou procède-t-elle d'un sentiment naturel (pitié, empathie) ?

Axes de réflexion

1

La source rationnelle du devoir (Kant) : la loi morale est un fait de la raison pure pratique ; le sentiment de respect en est la conséquence, non la cause.

2

La source sensible du devoir (Rousseau, « Discours sur l'origine de l'inégalité » ; Hume) : la pitié est un sentiment naturel antérieur à la raison, fondement de nos devoirs envers autrui.

3

L'articulation nécessaire (Bergson, « Les Deux Sources de la morale et de la religion ») : le devoir « clos » (pression sociale) et le devoir « ouvert » (élan créateur d'amour) ont des sources différentes mais complémentaires.

Pièges à éviter

  • Opposer de manière trop rigide raison et sentiment.
  • Oublier que pour Kant, si la source est rationnelle, elle s'accompagne du *sentiment* de respect.
  • Réduire la sensibilité à l'émotion passagère et irrationnelle.

Mots-clés :

Raison pratiqueSentimentPitiéRespectLoi moraleRousseauHumeBergson
Problématique #5

Peut-on fonder le devoir sur la nature ?

Enjeu :

Évaluer si l'observation de la nature (humaine ou cosmique) peut fournir un fondement objectif et universel à nos obligations morales.

Axes de réflexion

1

L'impossibilité de déduire un devoir-être d'un être (Hume, « Traité de la nature humaine ») : on ne peut passer de faits (ce qui est) à des normes (ce qui doit être) ; c'est la « guillotine de Hume ».

2

La recherche d'une « loi naturelle » (droit naturel classique : Cicéron, Thomas d'Aquin) : une raison universelle inscrite dans la nature (humaine) fonde des devoirs moraux objectifs.

3

La nature comme repoussoir ou comme idéal régulateur : pour Rousseau, l'état de nature n'est pas moral ; pour Kant, la nature sensible ne fonde pas la moralité, mais l'idée de nature raisonnable (royaume des fins) en est le corrélat.

Pièges à éviter

  • Faire un contresens sur la « loi naturelle » en la réduisant à l'instinct ou aux lois physiques.
  • Confondre « fondé sur la nature » et « conforme à la nature ».
  • Ne pas mentionner le problème logique soulevé par Hume (passage de l'être au devoir-être).

Mots-clés :

NatureLoi naturelleDevoir-être / ÊtreDroit naturelHumeCicéronFait / Valeur
Problématique #6

Le devoir suppose-t-il la liberté ?

Enjeu :

Analyser le lien de présupposition réciproque entre l'obligation morale et la liberté du sujet : peut-on être tenu pour responsable si l'on n'est pas libre ?

Axes de réflexion

1

Le devoir comme preuve et postulat de la liberté (Kant) : le « fait » de la loi morale en nous nous révèle comme être libres (liberté transcendantale) ; la liberté est le *ratio essendi* de la loi morale.

2

L'illusion du libre arbitre et la généalogie du devoir (Nietzsche, « Généalogie de la morale ») : le devoir est né de contraintes sociales (créancier/débiteur) et l'idée de sujet libre en est une conséquence métaphysique illusoire.

3

La liberté comme condition pratique de l'imputation : même dans un cadre déterministe (Spinoza), on pose pragmatiquement la liberté comme condition de la vie éthique et juridique (responsabilité).

Pièges à éviter

  • Confondre liberté d'indifférence (libre arbitre) et autonomie rationnelle (Kant).
  • Penser que Nietzsche « nie » simplement le devoir ; il en donne une explication généalogique qui en transforme le sens.
  • Faire l'impasse sur la dimension pratique et juridique de la question (responsabilité pénale).

Mots-clés :

LibertéAutonomieResponsabilitéLibre arbitrePostulatKantNietzscheImputation
Problématique #7

Nos devoirs sont-ils seulement envers autrui ?

Enjeu :

Élargir le champ de l'obligation morale au-delà de la relation interhumaine pour inclure des devoirs envers soi-même, envers les animaux, la nature ou les générations futures.

Axes de réflexion

1

La primauté du devoir envers autrui (Lévinas, « Totalité et Infini ») : autrui, par son visage, m'impose une obligation infinie et asymétrique qui est le fondement de toute éthique.

2

L'existence et la nécessité des devoirs envers soi-même (Kant, « Métaphysique des mœurs ») : se respecter comme être raisonnable (ne pas se suicider, développer ses talents) est un devoir strict.

3

L'élargissement contemporain des devoirs : devoirs envers les animaux (sensibilité), envers la nature (écologie), envers les générations futures (Hans Jonas, « Le Principe responsabilité »).

Pièges à éviter

  • Réduire la morale à une simple affaire de relations sociales.
  • Confondre devoir envers soi avec égoïsme ou simple prudence.
  • Traiter les devoirs élargis (envers la nature) de la même manière que les devoirs stricts envers des personnes.

Mots-clés :

AutruiVisageDevoir envers soiAnimalNatureResponsabilitéLévinasJonas
Problématique #8

Y a-t-il un devoir de mémoire ?

Enjeu :

S'interroger sur le statut moral et politique du souvenir des crimes passés, notamment des crimes contre l'humanité : s'agit-il d'une simple option ou d'une obligation pour les vivants ?

Axes de réflexion

1

Le devoir de mémoire comme impératif moral et politique (Paul Ricœur) : il s'agit de rendre justice aux victimes, de lutter contre l'oubli qui permet la répétition, et de fonder une identité collective assumée.

2

Les limites et les dangers du « devoir de mémoire » : risque d'instrumentalisation politique, d'écrasement du présent par le passé, de concurrence mémorielle et de fixation traumatique (Tzvetan Todorov).

3

Vers un « travail de mémoire » : dépasser l'injonction pour une appropriation critique et active du passé, articulant mémoire, histoire et oubli (Ricœur, « La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli »).

Pièges à éviter

  • Confondre mémoire (subjective, collective) et histoire (discipline critique).
  • Penser la mémoire uniquement sur le mode du traumatisme ou de la culpabilité.
  • Ne pas articuler cette question avec la problématique plus générale du devoir et du temps (devoir envers le passé).

Mots-clés :

MémoireHistoireOubliCrime contre l'humanitéTravail de mémoireIdentitéRicœurTodorov
EdTech AI Assistant