Devoir - Problématiques
8 questions types pour le bac philosophie
Comment utiliser ces problématiques ?
Chaque problématique est une question type bac avec :
- L'enjeu philosophique : ce qui est en jeu
- 3 axes de réflexion : plan possible
- Pièges à éviter : erreurs fréquentes
- Mots-clés : concepts à mobiliser
Le devoir est-il une contrainte ou une libération ?
Enjeu :
Comprendre si l'obligation morale aliène la volonté individuelle ou, au contraire, constitue la condition de notre véritable autonomie et de notre élévation.
Axes de réflexion
Le devoir comme contrainte extérieure et aliénante (perspective hétéronome) : il s'impose à nous contre notre désir (Freud, « Malaise dans la civilisation »).
Le devoir comme libération par l'autonomie de la volonté (Kant) : agir par devoir, selon la loi que la raison se donne à elle-même, c'est être libre.
Le devoir comme réalisation de soi et dépassement (Hegel, « Phénoménologie de l'Esprit ») : l'accomplissement des devoirs sociaux (famille, travail, État) est le lieu où l'individu concret trouve sa substance éthique et sa liberté.
Pièges à éviter
- ⚠Réduire le devoir à une simple obligation pénible et extérieure.
- ⚠Opposer de manière trop simpliste désir et devoir.
- ⚠Confondre l'autonomie kantienne (obéissance à sa propre loi rationnelle) avec la simple indépendance ou le refus de toute règle.
Mots-clés :
Faut-il toujours obéir à son devoir ?
Enjeu :
Interroger les limites de l'obéissance au devoir et la possibilité d'un conflit entre devoirs ou d'un devoir de désobéissance face à une loi injuste.
Axes de réflexion
L'obéissance inconditionnelle au devoir comme fondement de la moralité (Kant) : la loi morale ne souffre pas d'exception ; agir par devoir a une valeur absolue.
La nécessaire hiérarchisation des devoirs et la possibilité du conflit (cas de conscience) : devoir envers l'État vs devoir envers l'humanité (Jankélévitch).
Le devoir de désobéissance civile face à des lois injustes (Thoreau, « La Désobéissance civile » ; Arendt) : l'obéissance aveugle peut être immorale ; un devoir supérieur de justice peut commander la désobéissance.
Pièges à éviter
- ⚠Penser que cette question invite à justifier la paresse ou l'égoïsme (« faut-il *vraiment* toujours ? »).
- ⚠Confondre désobéissance civile (publique, non-violente, acceptant la peine) avec rébellion ou anarchie.
- ⚠Oublier de traiter le cas concret du conflit de devoirs.
Mots-clés :
Agir par devoir, est-ce renoncer au bonheur ?
Enjeu :
Examiner la relation souvent conflictuelle entre la moralité (fondée sur le devoir) et la recherche du bonheur comme fin naturelle de l'homme.
Axes de réflexion
L'opposition radicale : la moralité kantienne exclut toute considération du bonheur comme mobile ; le devoir s'oppose à l'inclination.
La convergence possible : l'accomplissement du devoir procure une satisfaction d'un ordre supérieur, une « félicité » (Kant) ou une « joie » spinoziste, distincte du plaisir sensible.
Le dépassement : dans une perspective eudémoniste (Aristote), la vertu, qui inclut l'idée de devoir, est constitutive du bonheur véritable (« bien suprême »).
Pièges à éviter
- ⚠Identifier le bonheur au seul plaisir immédiat ou à la satisfaction des désirs.
- ⚠Faire de Kant un penseur hostile au bonheur ; il le considère comme un bien, mais pas comme le fondement de la moralité.
- ⚠Ne pas distinguer le bonheur comme *but* de l'action et le bonheur comme *conséquence* possible de l'action vertueuse.
Mots-clés :
Le devoir a-t-il sa source dans la raison ou dans la sensibilité ?
Enjeu :
Déterminer l'origine de l'obligation morale : est-elle le fruit d'un calcul rationnel ou procède-t-elle d'un sentiment naturel (pitié, empathie) ?
Axes de réflexion
La source rationnelle du devoir (Kant) : la loi morale est un fait de la raison pure pratique ; le sentiment de respect en est la conséquence, non la cause.
La source sensible du devoir (Rousseau, « Discours sur l'origine de l'inégalité » ; Hume) : la pitié est un sentiment naturel antérieur à la raison, fondement de nos devoirs envers autrui.
L'articulation nécessaire (Bergson, « Les Deux Sources de la morale et de la religion ») : le devoir « clos » (pression sociale) et le devoir « ouvert » (élan créateur d'amour) ont des sources différentes mais complémentaires.
Pièges à éviter
- ⚠Opposer de manière trop rigide raison et sentiment.
- ⚠Oublier que pour Kant, si la source est rationnelle, elle s'accompagne du *sentiment* de respect.
- ⚠Réduire la sensibilité à l'émotion passagère et irrationnelle.
Mots-clés :
Peut-on fonder le devoir sur la nature ?
Enjeu :
Évaluer si l'observation de la nature (humaine ou cosmique) peut fournir un fondement objectif et universel à nos obligations morales.
Axes de réflexion
L'impossibilité de déduire un devoir-être d'un être (Hume, « Traité de la nature humaine ») : on ne peut passer de faits (ce qui est) à des normes (ce qui doit être) ; c'est la « guillotine de Hume ».
La recherche d'une « loi naturelle » (droit naturel classique : Cicéron, Thomas d'Aquin) : une raison universelle inscrite dans la nature (humaine) fonde des devoirs moraux objectifs.
La nature comme repoussoir ou comme idéal régulateur : pour Rousseau, l'état de nature n'est pas moral ; pour Kant, la nature sensible ne fonde pas la moralité, mais l'idée de nature raisonnable (royaume des fins) en est le corrélat.
Pièges à éviter
- ⚠Faire un contresens sur la « loi naturelle » en la réduisant à l'instinct ou aux lois physiques.
- ⚠Confondre « fondé sur la nature » et « conforme à la nature ».
- ⚠Ne pas mentionner le problème logique soulevé par Hume (passage de l'être au devoir-être).
Mots-clés :
Le devoir suppose-t-il la liberté ?
Enjeu :
Analyser le lien de présupposition réciproque entre l'obligation morale et la liberté du sujet : peut-on être tenu pour responsable si l'on n'est pas libre ?
Axes de réflexion
Le devoir comme preuve et postulat de la liberté (Kant) : le « fait » de la loi morale en nous nous révèle comme être libres (liberté transcendantale) ; la liberté est le *ratio essendi* de la loi morale.
L'illusion du libre arbitre et la généalogie du devoir (Nietzsche, « Généalogie de la morale ») : le devoir est né de contraintes sociales (créancier/débiteur) et l'idée de sujet libre en est une conséquence métaphysique illusoire.
La liberté comme condition pratique de l'imputation : même dans un cadre déterministe (Spinoza), on pose pragmatiquement la liberté comme condition de la vie éthique et juridique (responsabilité).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre liberté d'indifférence (libre arbitre) et autonomie rationnelle (Kant).
- ⚠Penser que Nietzsche « nie » simplement le devoir ; il en donne une explication généalogique qui en transforme le sens.
- ⚠Faire l'impasse sur la dimension pratique et juridique de la question (responsabilité pénale).
Mots-clés :
Nos devoirs sont-ils seulement envers autrui ?
Enjeu :
Élargir le champ de l'obligation morale au-delà de la relation interhumaine pour inclure des devoirs envers soi-même, envers les animaux, la nature ou les générations futures.
Axes de réflexion
La primauté du devoir envers autrui (Lévinas, « Totalité et Infini ») : autrui, par son visage, m'impose une obligation infinie et asymétrique qui est le fondement de toute éthique.
L'existence et la nécessité des devoirs envers soi-même (Kant, « Métaphysique des mœurs ») : se respecter comme être raisonnable (ne pas se suicider, développer ses talents) est un devoir strict.
L'élargissement contemporain des devoirs : devoirs envers les animaux (sensibilité), envers la nature (écologie), envers les générations futures (Hans Jonas, « Le Principe responsabilité »).
Pièges à éviter
- ⚠Réduire la morale à une simple affaire de relations sociales.
- ⚠Confondre devoir envers soi avec égoïsme ou simple prudence.
- ⚠Traiter les devoirs élargis (envers la nature) de la même manière que les devoirs stricts envers des personnes.
Mots-clés :
Y a-t-il un devoir de mémoire ?
Enjeu :
S'interroger sur le statut moral et politique du souvenir des crimes passés, notamment des crimes contre l'humanité : s'agit-il d'une simple option ou d'une obligation pour les vivants ?
Axes de réflexion
Le devoir de mémoire comme impératif moral et politique (Paul Ricœur) : il s'agit de rendre justice aux victimes, de lutter contre l'oubli qui permet la répétition, et de fonder une identité collective assumée.
Les limites et les dangers du « devoir de mémoire » : risque d'instrumentalisation politique, d'écrasement du présent par le passé, de concurrence mémorielle et de fixation traumatique (Tzvetan Todorov).
Vers un « travail de mémoire » : dépasser l'injonction pour une appropriation critique et active du passé, articulant mémoire, histoire et oubli (Ricœur, « La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli »).
Pièges à éviter
- ⚠Confondre mémoire (subjective, collective) et histoire (discipline critique).
- ⚠Penser la mémoire uniquement sur le mode du traumatisme ou de la culpabilité.
- ⚠Ne pas articuler cette question avec la problématique plus générale du devoir et du temps (devoir envers le passé).
