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Desir - Définition

Étymologie, distinctions conceptuelles et enjeux philosophiques

Étymologie du Désir

Le terme français « désir » provient du latin « desiderare », qui signifie littéralement « cesser de contempler les astres » (de sidus, sideris, « astre » et du préfixe privatif de-). À l'origine, il désignait le regret de l'absence, le fait de constater que l'astre attendu n'est pas là. Cette étymologie révèle une structure fondamentale du désir : la tension vers un objet absent que l'on cherche à faire advenir.

En grec ancien, deux termes principaux le désignent : epithumia (ἐπιθυμία), qui renvoie plutôt au désir sensible, corporel, et orexis (ὄρεξις), terme plus général désignant l'appétit, l'élan vers quelque chose, utilisé notamment par Aristote dans son traité De l'âme.

Définition Philosophique du Désir

Définition générale :

En philosophie, le désir se définit comme la tension consciente d'un sujet vers un objet qu'il se représente comme source de satisfaction ou de plénitude, et dont il éprouve actuellement la privation. Il se distingue du simple besoin biologique par sa dimension psychique et représentationnelle. Pour Platon (dans Le Banquet), le désir (eros) est un « démon » intermédiaire entre le manque et la plénitude, une force qui pousse l'âme vers le Bien et le Beau. Pour Spinoza (dans l'Éthique, Partie III), « Le Désir est l'essence même de l'homme » (Proposition 9), c'est-à-dire l'effort (conatus) par lequel chaque être s'efforce de persévérer dans son être. Cette conception en fait la force motrice fondamentale de l'existence humaine, à la fois source de servitude et d'émancipation.

Désir : Distinctions Conceptuelles

1. Désir vs Besoin

Définition : Le <strong>besoin</strong> est une nécessité naturelle, objective et limitée (manger, boire, dormir). Sa satisfaction entraîne un apaisement. Le <strong>désir</strong>, lui, est de l'ordre de la psyché, infini et souvent marqué par l'imagination. Il peut être indépendant d'un manque organique. Comme le note Hegel dans <em>La Phénoménologie de l'Esprit</em>, le désir humain est toujours désir de reconnaissance par un autre désir, ce qui le rend social et illimité.

Exemple :

Avoir <strong>soif</strong> est un besoin : boire un verre d'eau le comble. Désirer un <strong>vin de prestige</strong> est un désir : il engage le goût, l'imaginaire social, le statut, et sa satisfaction n'éteint pas nécessairement le désir d'un autre objet.

2. Désir vs Volonté

Définition : La <strong>volonté</strong> (du latin <em>voluntas</em>) est une faculté de décision rationnelle et réfléchie, associée à la maîtrise de soi et à l'action délibérée. Le <strong>désir</strong> est plus spontané, souvent associé aux affects et peut entrer en conflit avec la volonté. Kant, dans la <em>Critique de la raison pratique</em>, oppose la volonté pure, guidée par la loi morale, aux désirs sensibles qui nous inclinent vers le bonheur.

Exemple :

Un étudiant peut <strong>désirer</strong> sortir avec des amis (pulsion immédiate) mais <strong>vouloir</strong> réviser son examen (décision rationnelle en vue d'une fin). Le conflit intérieur qui en résulte illustre cette distinction.

3. Désir vs Passion

Définition : La <strong>passion</strong> (du latin <em>pati</em>, « subir, souffrir ») est un désir devenu si intense et exclusif qu'il asservit le sujet, le rendant passif. Le désir peut être plus modéré et pluraliste. Descartes, dans <em>Les Passions de l'âme</em>, définit les passions comme des « perceptions, ou sentiments, ou émotions de l'âme » particulièrement vifs, qui troublent le jugement.

Exemple :

Éprouver une <strong>attirance</strong> pour quelqu'un est un désir. En être <strong>passionnément amoureux</strong>, au point d'y sacrifier sa liberté, son équilibre et sa raison, relève de la passion (comme le Phèdre de Racine).

4. Désir vs Amour (Éros)

Définition : Dans la tradition platonicienne, <strong><em>Éros</em></strong> est une forme spécifique et élevée de désir, un désir orienté vers la beauté, la sagesse et le bien absolus. Il est un moteur d'élévation spirituelle. Le désir commun (<em>epithumia</em>) est plus terrestre et lié aux biens sensibles. Dans <em>Le Banquet</em>, Diotime enseigne à Socrate que l'amour est un désir de possession permanente du bien, qui peut nous conduire des beautés sensibles à la Beauté en soi.

Exemple :

Le <strong>désir sexuel</strong> vise la satisfaction corporelle immédiate. L'<strong>amour-Éros</strong>, dans son sens philosophique, désire l'union avec la personne comme porteuse d'une valeur absolue et peut être une voie d'accès à la vérité.

Enjeux Philosophiques du Désir

1. Enjeu métaphysique : Le désir comme preuve de notre incomplétude

Le désir révèle une structure fondamentale de la condition humaine : le manque. Pour Platon, nous désirons ce dont nous sommes privés. Pour Sartre (dans <em>L'Être et le Néant</em>), l'homme est un « être-pour-soi » défini par un néant en son cœur, un manque à être qui le pousse sans cesse vers des projets. Le désir pose ainsi la question de notre nature : sommes-nous des êtres de manque condamnés à désirer, ou pouvons-nous atteindre une plénitude qui l'éteindrait ?

2. Enjeu moral : Faut-il libérer ou maîtriser ses désirs ?

Deux positions s'opposent radicalement. La tradition stoïcienne (Épictète, Marc Aurèle) et certaines morales religieuses voient dans le désir une source de trouble et d'esclavage ; la sagesse consiste à s'en détacher (ataraxie). À l'inverse, pour Spinoza, un désir n'est pas mauvais en soi ; il faut le comprendre pour en faire une force active et joyeuse, et non une passion triste. Nietzsche (dans <em>Par-delà bien et mal</em>) fustige la « morale d'esclaves » qui diabolise les désirs et prône leur sublimation créatrice.

3. Enjeu politique : Le désir entre moteur économique et menace pour l'ordre social

Le désir est au cœur de la vie sociale. Pour Rousseau (dans le <em>Discours sur l'origine de l'inégalité</em>), les désirs artificiels et comparatifs (amour-propre) sont nés avec la société et sont source de conflits et d'aliénation. À l'opposé, pour la pensée libérale (comme celle de Bernard Mandeville dans <em>La Fable des abeilles</em>), les désirs individuels, même égoïstes, sont le moteur de la prospérité collective via le marché. La société de consommation repose sur la stimulation et la satisfaction permanente des désirs, posant la question de leur manipulation et de leur infinité dans un monde aux ressources finies.

4. Enjeu existentiel : Le désir fait-il le malheur ou la grandeur de l'homme ?

D'un côté, le désir semble source de frustration permanente (car insatiable) et de dépendance, comme le montre la figure du « tonneau des Danaïdes » dans la mythologie grecque. Schopenhauer (dans <em>Le Monde comme volonté et comme représentation</em>) y voit l'essence d'une vie vouée à la souffrance. D'un autre côté, il est la source de toute énergie vitale, de toute création, de tout projet. Sans désir, plus d'art, plus de science, plus d'amour. Comme l'écrit Alain dans <em>Les Propos sur le bonheur</em> : « Le désir est l'appétit de la joie ; il n'y a que le désir qui soit joyeux. » Le désir est ainsi la marque de notre finitude, mais aussi de notre puissance d'aspiration et de dépassement.

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