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Conscience - Définition

Étymologie, distinctions conceptuelles et enjeux philosophiques

Étymologie de la Conscience

Le terme français « conscience » provient du latin « conscientia », formé de « cum » (avec) et « scientia » (savoir). Il désigne littéralement un savoir accompagnant l'acte, une connaissance partagée avec soi-même (Cicéron, De Officiis).

En grec ancien, on distingue deux termes : « synesis » (σύνεσις) pour la conscience morale (cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, VI, 11) et « suneidēsis » (συνείδησις), qui correspond à la conscience psychologique comme connaissance de ses propres états (Platon, Théétète, 192a).

Définition Philosophique de la Conscience

Définition générale :

En philosophie, la conscience désigne la capacité du sujet à se rapporter à lui-même, à ses états et à ses actes. Elle implique une forme de réflexivité ou d'intentionnalité (selon la phénoménologie).

Pour Descartes, elle est le « cogito » (« Je pense, donc je suis », Discours de la méthode, IV), fondement indubitable de la connaissance. Pour la phénoménologie (Husserl), elle est toujours conscience de quelque chose (« toute conscience est conscience de... », Idées directrices, §84). Sartre la définit comme un « néant » ou une distance par rapport à l'être (L'Être et le Néant).

Conscience : Distinctions Conceptuelles

1. Conscience psychologique vs Conscience morale

Définition : La <strong>conscience psychologique</strong> (ou « conscience-mémoire » selon Bergson) est la connaissance immédiate de nos états internes. La <strong>conscience morale</strong> est la capacité à porter des jugements de valeur sur nos actes (cf. Rousseau, <em>Émile</em> : « Conscience ! conscience ! instinct divin... »).

Exemple :

Sentir une douleur (psychologique) vs éprouver des remords après un mensonge (morale).

2. Conscience réflexive vs Conscience immédiate

Définition : La <strong>conscience réflexive</strong> (ou « thématique ») est un retour explicite de la pensée sur elle-même (Locke, <em>Essai sur l'entendement humain</em>, II, 27). La <strong>conscience immédiate</strong> (ou « irréfléchie » chez Sartre) est un savoir non-thématique, pré-réflexif, qui accompagne l'action.

Exemple :

Analyser ses motivations avant un choix (réflexive) vs être absorbé dans la lecture sans y penser (immédiate).

3. Conscience de soi vs Conscience du monde

Définition : La <strong>conscience de soi</strong> est l'aperception interne (Kant, <em>Critique de la raison pure</em>, « Je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations »). La <strong>conscience du monde</strong> est l'intentionnalité tournée vers l'extérieur (Husserl).

Exemple :

Réfléchir à son identité (soi) vs observer attentivement un paysage (monde).

4. Conscience claire vs Inconscient

Définition : La <strong>conscience claire</strong> désigne les contenus psychiques accessibles à la réflexion. L'<strong>inconscient</strong> (Freud, <em>L'Interprétation des rêves</em>) désigne les processus psychiques échappant totalement à la conscience, mais influençant nos actes et pensées.

Exemple :

La décision raisonnée de travailler (conscience claire) vs un lapsus révélant un désir refoulé (inconscient).

Enjeux Philosophiques de la Conscience

1. Enjeu métaphysique : La conscience fonde-t-elle l'identité personnelle ?

Pour Locke, l'identité personnelle réside dans la <strong>continuité de la conscience</strong> et de la mémoire (<em>Essai</em>, II, 27). À l'inverse, Hume critique cette substantialisation du moi, n'y voyant qu'<strong>« un faisceau de perceptions »</strong> (<em>Traité de la nature humaine</em>, I, IV, 6). La question de la permanence du « je » est centrale.

2. Enjeu moral : La conscience est-elle un guide infaillible ?

Pour Rousseau, la conscience est un <strong>« juge infaillible du bien et du mal »</strong> (<em>Émile</em>). Pour Hegel, au contraire, la <strong>« belle âme »</strong> qui ne s'en remet qu'à sa certitude subjective sombre dans l'inaction ou le terrorisme moral (<em>Phénoménologie de l'Esprit</em>). L'autonomie kantienne exige de soumettre la conscience aux impératifs de la raison universelle.

3. Enjeu politique : La conscience face à l'autorité

La <strong>liberté de conscience</strong> (Locke, <em>Lettre sur la tolérance</em>) est un pilier des démocraties libérales. Mais que faire lorsque la <strong>conscience individuelle</strong> s'oppose à la loi (cas de la désobéissance civile théorisée par Thoreau) ou à l'ordre établi ? L'enjeu est celui de la légitimité de la résistance.

4. Enjeu existentiel : La conscience comme aliénation ou comme liberté ?

Pour Sartre, la conscience est <strong>liberté radicale</strong> et <strong>responsabilité absolue</strong> (« l'homme est condamné à être libre », <em>L'Existentialisme est un humanisme</em>). Pour la tradition pessimiste (Schopenhauer, <em>Le Monde comme volonté et comme représentation</em>), la conscience éclairée est source de <strong>souffrance</strong>, car elle nous arrache à l'immédiateté heureuse de l'animal.

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