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Religion - Définition

Étymologie, distinctions conceptuelles et enjeux philosophiques

Étymologie de la Religion

Le terme français « religion » provient du latin « religio », dont l'étymologie est discutée par les auteurs antiques eux-mêmes.

1. Cicéron (De la nature des dieux, II, 28) le fait dériver de « relegere » (relire, recueillir avec soin), évoquant le scrupule dans l'observation des rites.

2. Lactance et Augustin le rattachent à « religare » (relier), insistant sur le lien qui unit l'homme à Dieu. Le terme grec équivalent est « thrêskeia » (θρησκεία), désignant le culte et les cérémonies rituelles.

Définition Philosophique de la Religion

Définition générale :

En philosophie, la religion se définit comme un système de croyances, de pratiques et d'institutions organisé autour d'une relation à une réalité tenue pour sacrée (divine, transcendante ou supranaturelle), et qui fournit à une communauté un cadre pour répondre aux questions ultimes sur l'existence, le sens et la morale.

Comme le souligne Émile Durkheim dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), elle est « un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ». Elle engage donc toujours une dimension collective et normative.

Religion : Distinctions Conceptuelles

1. Foi vs. Croyance

Définition : La <strong>foi</strong> (fides) est un engagement personnel, confiant et raisonné, souvent associé à une révélation (cf. Saint Augustin, « Credo ut intelligam » - Je crois pour comprendre). La <strong>croyance</strong> est un assentiment plus général à une proposition, qui peut être religieuse mais aussi superstitieuse ou opinionée. La foi implique une relation vivante, la croyance peut être passive.

Exemple :

Croire que le soleil se lèvera demain (croyance naturelle) vs. Avoir foi en la promesse divine du salut (foi théologale).

2. Sacré vs. Profane

Définition : Distinction fondamentale établie par Durkheim. Le <strong>sacré</strong> désigne tout ce qui est mis à part, interdit, et inspire respect et crainte (lieux, temps, objets, personnes consacrés). Le <strong>profane</strong> est le domaine ordinaire de la vie quotidienne. La religion organise la séparation et la médiation entre ces deux mondes (par les rites).

Exemple :

Une église ou une mosquée (espace sacré) vs. un marché public (espace profane). Le jour du Shabbat (temps sacré) vs. un jour de travail.

3. Religion vs. Spiritualité

Définition : La <strong>religion</strong> est institutionnalisée, dogmatique et communautaire. La <strong>spiritualité</strong> relève davantage d'une quête intérieure, personnelle et souvent syncrétique, qui peut se passer de cadre dogmatique ou ecclésial. Elle privilégie l'expérience sur l'adhésion à un credo.

Exemple :

Appartenir à l'Église catholique et suivre ses sacrements (religion) vs. Pratiquer la méditation de pleine conscience et développer un sentiment de connexion à l'univers sans référence à une doctrine précise (spiritualité).

4. Théisme vs. Déisme

Définition : Le <strong>théisme</strong> (du grec <em>theos</em>, dieu) postule un Dieu personnel, créateur, providentiel, intervenant dans le monde et se révélant (ex: christianisme, islam, judaïsme). Le <strong>déisme</strong> (Voltaire, Rousseau) admet un Dieu créateur et ordonnateur, mais rejette toute révélation, providence et culte institué. Dieu est une « horloger » du monde qui n'intervient plus.

Exemple :

Prier Dieu pour qu'il intervienne dans sa vie (théisme) vs. Penser que Dieu a créé les lois de la nature puis s'est retiré, laissant la raison humaine les découvrir (déisme).

Enjeux Philosophiques de la Religion

1. Enjeu métaphysique : La raison face à la révélation

La religion prétend apporter des vérités par la révélation (Bible, Coran...). L'enjeu est celui de la compatibilité avec la raison autonome. Pour <strong>Saint Thomas d'Aquin</strong>, foi et raison sont conciliables (« La grâce ne détruit pas la nature, elle la parfait »). À l'inverse, pour les <strong>Lumières</strong> (Kant, <em>Qu'est-ce que les Lumières ?</em>), la religion doit se soumettre au tribunal de la raison critique. Le conflit est radical chez un <strong>Nietzsche</strong> proclamant la « mort de Dieu » et voyant dans la religion un obstacle à l'affirmation de la vie.

2. Enjeu moral : L'autonomie de la conscience

La religion fonde-t-elle la morale ? Pour elle, le bien est souvent un commandement divin (morale hétéronome). <strong>Kant</strong> opère une révolution en fondant la morale sur la raison pratique et l'autonomie de la volonté (<em>Fondements de la métaphysique des mœurs</em>). L'impératif catégorique se passe de Dieu. L'enjeu est de savoir si l'on peut être « moral sans Dieu », ou si, comme le craint <strong>Dostoïevski</strong> (« Si Dieu n'existe pas, tout est permis »), la religion est un garde-fou nécessaire contre le nihilisme.

3. Enjeu politique : La cité et le salut

Quelle place pour la religion dans l'État ? Deux modèles s'opposent. 1) La <strong>théocratie</strong> ou l'État confessionnel où le pouvoir temporel est soumis au spirituel. 2) Le modèle de la <strong>laïcité</strong> (lois de 1905 en France), qui sépare strictement les Églises et l'État, garantissant la liberté de conscience et la neutralité de la sphère publique. <strong>Rousseau</strong> (<em>Du Contrat social</em>) proposait une « religion civile » minimaliste pour souder le corps social, distincte des religions particulières.

4. Enjeu existentiel : Le sens face à la finitude

La religion répond à l'angoisse humaine face à la mort, à la souffrance et à l'absurde. Elle promet un salut, une transcendance, un sens ultime. <strong>Pascal</strong> voyait dans la religion la seule réponse à la misère de l'homme sans Dieu. À l'ère sécularisée, l'enjeu est de savoir si l'homme peut se passer de cette consolation et créer son propre sens, comme le propose l'<strong>existentialisme athée</strong> (Sartre, Camus). La religion est-elle une « aliénation » (Marx) ou une structure anthropologique fondamentale (R. Otto, <em>Le Sacré</em>) ?

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