Aller au contenu principal

Religion - Auteurs Clés

5 philosophes essentiels

Blaise Pascal

1623-1662Jansénisme, Augustinisme

Thèse principale :

La religion chrétienne répond à la condition tragique de l'homme, être de contradiction entre grandeur et misère, que seule la grâce divine peut résoudre.

Développement :

  1. 1

    Pascal développe dans les Pensées une apologétique chrétienne originale qui part de l'analyse de la condition humaine. L'homme est un 'roseau pensant', faible physiquement mais grand par sa capacité de réflexion. Cette dualité constitutive (grandeur/misère) crée une inquiétude fondamentale que l'homme tente de fuir par le divertissement.

  2. 2

    La raison seule ne peut résoudre cette contradiction ni prouver Dieu : 'Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point'. Pascal propose alors le célèbre 'pari' : face à l'incertitude de l'existence de Dieu, il est rationnellement préférable de parier pour son existence. Si Dieu existe et qu'on a cru, on gagne le salut éternel ; s'il n'existe pas, on ne perd qu'une vie finie. Le calcul probabiliste favorise la foi.

  3. 3

    Mais Pascal ne s'arrête pas à ce calcul utilitaire. Il distingue trois ordres : l'ordre des corps (quantitatif), l'ordre de l'esprit (scientifique et philosophique), et l'ordre de la charité (religieux et mystique). Chaque ordre possède ses propres principes et sa dignité. La foi relève du troisième ordre, infiniment supérieur aux deux premiers, et s'atteint par la grâce divine, non par la démonstration rationnelle.

Citations clés

"Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point."

Pensées, fragment 423 (édition Brunschvicg 277)

"L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant."

Pensées, fragment 200 (édition Brunschvicg 347)

"Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé."

Pensées, fragment 553 (Le Mystère de Jésus)

En dissertation :

Mobiliser Pascal pour défendre la spécificité de la foi face aux prétentions de la raison, pour montrer la rationalité d'un 'pari' religieux, ou pour penser la condition humaine comme tension entre grandeur et misère nécessitant la transcendance.

Ludwig Feuerbach

1804-1872Matérialisme anthropologique

Thèse principale :

Dieu n'est qu'une projection des qualités humaines aliénées ; la religion doit être dépassée par une anthropologie qui restitue à l'homme ce qu'il a attribué à Dieu.

Développement :

  1. 1

    Feuerbach développe dans L'Essence du christianisme une critique radicale de la religion comme aliénation. Pour lui, ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme à son image, mais l'inverse : 'L'homme a créé Dieu à son image'. Les attributs divins (omniscience, toute-puissance, perfection) ne sont que des projections hyperboliques des qualités humaines réelles mais finies.

  2. 2

    Ce processus de projection entraîne une aliénation : en attribuant à un être transcendant ce qui lui appartient en propre, l'homme se dépossède de son essence. Plus Dieu est riche, plus l'homme est pauvre. 'L'homme appauvrit son propre être en enrichissant Dieu'. La religion est donc un appauvrissement de l'humanité, une scission pathologique de l'homme d'avec lui-même.

  3. 3

    La tâche de la philosophie consiste alors à inverser cette projection : reconnaître que la théologie n'est qu'une anthropologie masquée. 'Le secret de la théologie est l'anthropologie'. En retrouvant dans l'homme ce qu'il a placé en Dieu, on accomplit une réappropriation libératrice. L'amour de Dieu doit devenir amour de l'homme ; la religion doit céder la place à une humanisme intégral qui célèbre l'homme comme être générique (Gattungswesen).

Citations clés

"L'homme a créé Dieu à son image."

L'Essence du christianisme, 1841

"Le secret de la théologie est l'anthropologie."

L'Essence du christianisme, 1841

"La religion est la conscience de soi indirecte de l'homme."

L'Essence du christianisme, 1841

En dissertation :

Mobiliser Feuerbach pour développer une critique anthropologique de la religion, pour montrer le mécanisme de projection à l'œuvre dans la croyance, ou pour penser la nécessité d'un dépassement humaniste de la religion.

Karl Marx

1818-1883Matérialisme historique

Thèse principale :

La religion est l'opium du peuple, une consolation illusoire face à la misère réelle qui détourne de la transformation révolutionnaire des conditions matérielles d'existence.

Développement :

  1. 1

    Marx reprend et radicalise la critique feuerbachienne de la religion, mais en l'inscrivant dans une analyse des conditions socio-économiques. Dans la Critique de la philosophie du droit de Hegel, il affirme que 'la religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple'.

  2. 2

    Cette formule célèbre ne signifie pas seulement que la religion endort les masses, mais qu'elle est un analgésique nécessaire face à une souffrance réelle. La religion est à la fois expression de la misère réelle (elle manifeste la souffrance) et protestation contre cette misère. Cependant, elle détourne de la véritable solution : au lieu de transformer les conditions matérielles qui produisent la souffrance, elle offre une compensation imaginaire dans l'au-delà.

  3. 3

    Pour Marx, la critique de la religion est donc le préalable de toute critique sociale : 'La critique de la religion est la condition préliminaire de toute critique'. Une fois démasquée l'illusion religieuse, l'homme peut s'attaquer aux causes réelles de son aliénation, qui sont économiques et sociales. L'abolition de la religion comme bonheur illusoire du peuple est nécessaire pour exiger son bonheur réel par la transformation révolutionnaire de la société.

Citations clés

"La religion est l'opium du peuple."

Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843

"La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu."

Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843

"La critique de la religion est la condition préliminaire de toute critique."

Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843

En dissertation :

Mobiliser Marx pour analyser la fonction sociale et politique de la religion, pour montrer comment elle peut servir de justification idéologique à l'ordre établi, ou pour critiquer la religion comme obstacle à la transformation sociale.

Friedrich Nietzsche

1844-1900Philosophie du soupçon

Thèse principale :

Le christianisme est une morale d'esclaves née du ressentiment ; la mort de Dieu ouvre la possibilité d'un renversement des valeurs et de l'affirmation de la vie.

Développement :

  1. 1

    Nietzsche développe dans La Généalogie de la morale et L'Antéchrist une critique radicale du christianisme comme système de valeurs nihiliste. Le christianisme valorise l'humilité, la pitié, le renoncement, l'égalité - toutes valeurs qui, selon Nietzsche, nient la vie dans ce qu'elle a de plus puissant et créateur.

  2. 2

    Cette 'morale d'esclaves' est née du ressentiment des faibles contre les forts. Incapables de s'affirmer par leur propre puissance, les esclaves ont inventé une table de valeurs qui renverse les valeurs aristocratiques : ce qui était bon (force, fierté, noblesse) devient 'mal', et ce qui était méprisable (faiblesse, humilité) devient 'bien'. 'Quand les opprimés disent : soyons différents des méchants, c'est-à-dire bons', ils accomplissent une 'révolte des esclaves dans la morale'.

  3. 3

    La 'mort de Dieu' proclamée dans Le Gai Savoir marque la perte de crédibilité des valeurs chrétiennes dans la modernité. Mais cet événement n'est pas simplement négatif : il ouvre la possibilité d'une 'transmutation de toutes les valeurs' (Umwertung aller Werte). Il s'agit de créer de nouvelles valeurs affirmant la vie, la force, le devenir, contre les valeurs de négation du christianisme. Le Surhomme (Übermensch) sera celui qui assume cette création de valeurs nouvelles.

Citations clés

"Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué !"

Le Gai Savoir, §125 (L'insensé)

"Le christianisme a pris le parti de tout ce qui est faible, bas, manqué."

L'Antéchrist, §5

"Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d'espérances supraterrestres !"

Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue

En dissertation :

Mobiliser Nietzsche pour critiquer radicalement les valeurs chrétiennes comme négation de la vie, pour analyser la généalogie psychologique de la religion (ressentiment), ou pour penser les conséquences du nihilisme moderne et la nécessité d'une création de nouvelles valeurs.

Émile Durkheim

1858-1917Sociologie positiviste

Thèse principale :

La religion est un fait social qui remplit des fonctions essentielles de cohésion et d'intégration ; elle exprime et renforce la solidarité du groupe.

Développement :

  1. 1

    Durkheim développe dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse une approche sociologique de la religion qui s'oppose tant aux explications individualistes qu'aux critiques athées traditionnelles. Pour lui, la religion n'est ni une illusion individuelle ni une simple erreur intellectuelle, mais un fait social universel qui remplit des fonctions vitales pour la société.

  2. 2

    Toute religion établit une distinction fondamentale entre le sacré et le profane. Le sacré n'est pas une propriété intrinsèque des choses mais le résultat d'une consécration collective. En réalité, lorsque les hommes adorent leurs dieux, 'c'est la société qu'ils adorent' : les représentations religieuses sont des représentations collectives qui expriment des réalités collectives. Le totem du clan australien, par exemple, symbolise le clan lui-même.

  3. 3

    La religion remplit ainsi plusieurs fonctions sociales essentielles : elle renforce la cohésion sociale par les rituels collectifs, elle transmet les normes et valeurs du groupe, elle donne sens à l'existence individuelle en l'inscrivant dans un tout. Même dans les sociétés modernes sécularisées, ces fonctions subsistent sous d'autres formes (culte de l'individu, religions civiles). La religion n'est donc pas appelée à disparaître mais à se transformer.

Citations clés

"La religion est une chose éminemment sociale. Les représentations religieuses sont des représentations collectives qui expriment des réalités collectives."

Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, Introduction

"Le dieu du clan, le principe totémique, ne peut donc être que le clan lui-même, mais hypostasié et représenté aux imaginations sous les espèces sensibles du végétal ou de l'animal qui sert de totem."

Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, Livre II

"Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent."

Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, Livre I

En dissertation :

Mobiliser Durkheim pour analyser les fonctions sociales de la religion au-delà de la question de la vérité théologique, pour montrer comment la religion crée du lien social, ou pour penser la persistance du religieux sous des formes nouvelles dans la modernité.

EdTech AI Assistant