Aller au contenu principal

HGGSP Terminale - Theme 3

Histoire et memoires

Comprendre la distinction entre histoire et memoire, les genocides du XXe siecle, les lois memorielles et les processus de reconciliation.

Axe 1 : Memoire et histoire, deux rapports au passe

L'historien Pierre Nora a montre que memoire et histoire sont deux rapports fondamentalement differents au passe. Les distinguer est essentiel pour comprendre les enjeux memoriels.

La memoire

  • Subjective : portee par des individus ou des groupes
  • Selective : retient certains faits, en oublie d'autres
  • Affective : liee aux emotions, au vecu
  • Evolutive : se transforme avec le temps
  • Plurielle : il existe des memoires concurrentes

L'histoire

  • Objective : demarche scientifique, methode critique
  • Exhaustive : cherche a etablir tous les faits
  • Rationnelle : fondee sur des sources et des preuves
  • Revisable : peut etre corrigee par de nouvelles sources
  • Universelle : vise une verite partagee

Maurice Halbwachs (sociologue, 1877-1945) a developpe le concept de memoire collective : la memoire est un phenomene social, construit par le groupe. Chaque societe selectionne et transmet les souvenirs qui fondent son identite.

Les lieux de memoire (Pierre Nora)

Pierre Nora a dirige l'ouvrage monumental Les Lieux de memoire (1984-1992), qui recense les lieux, objets et symboles autour desquels se cristallise la memoire nationale francaise.

  • Lieux materiels : monuments, musees, cimetieres
  • Lieux symboliques : commemorations, hymnes, drapeaux
  • Lieux fonctionnels : manuels scolaires, archives, associations

Axe 2 : Les genocides du XXe siecle

Le terme genocide a ete forge par le juriste Raphael Lemkin en 1944, a partir du grec genos (peuple) et du latin caedere (tuer). La Convention de 1948 le definit comme la destruction deliberee, totale ou partielle, d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

Le genocide des Armeniens (1915-1916)

  • • Perpetres par l'Empire ottoman (gouvernement Jeunes-Turcs)
  • • 1,2 a 1,5 million de victimes armeniennes
  • • Deportations, marches de la mort, massacres de masse
  • Reconnaissance : encore nie par la Turquie ; reconnu par la France (2001) et le Parlement europeen
  • • Premier genocide du XXe siecle, longtemps qualifie de « genocide oublie »

La Shoah (1941-1945)

  • • Genocide des Juifs d'Europe par le regime nazi
  • 6 millions de victimes juives (dont 1,5 million d'enfants)
  • Solution finale : decidee a la conference de Wannsee (janvier 1942)
  • • Camps d'extermination : Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Sobibor, Belzec, Chelmno, Majdanek
  • • Tribunal de Nuremberg, proces Eichmann (Jerusalem, 1961)
  • • Memoire : Yad Vashem, Memorial de la Shoah (Paris), Journee internationale (27 janvier)

Le genocide des Tutsi au Rwanda (1994)

  • • Entre avril et juillet 1994, en 100 jours
  • 800 000 a 1 million de Tutsi et Hutu moderes massacres
  • • Perpetres par les milices Interahamwe et les Forces armees rwandaises
  • • Echec de la communaute internationale : retrait de la MINUAR, inaction de l'ONU
  • TPIR (Arusha, Tanzanie) : tribunal penal international pour le Rwanda
  • Gacaca : tribunaux communautaires de justice transitionnelle

Criteres du genocide : Pour qualifier un evenement de genocide, il faut prouver l'intention de detruire un groupe en tant que tel. C'est cette intentionnalite qui distingue le genocide des autres crimes de masse (crimes contre l'humanite, nettoyage ethnique).

Axe 3 : Les lois memorielles

Les lois memorielles sont des lois qui qualifient juridiquement des evenements historiques. Elles suscitent un vif debat entre historiens, politiques et societe civile.

Les principales lois memorielles en France

  • Loi Gayssot (1990) : reprime la negation de la Shoah et des crimes contre l'humanite juges a Nuremberg
  • Loi de 2001 sur le genocide armenien : la France reconnait publiquement le genocide de 1915
  • Loi Taubira (2001) : reconnait la traite negriere et l'esclavage comme crimes contre l'humanite
  • Loi du 23 fevrier 2005 : mentionne le « role positif de la colonisation » (article abroge apres polemique)

Arguments pour

  • • Proteger la dignite des victimes
  • • Lutter contre le negationnisme
  • • Eduquer et transmettre la memoire
  • • Affirmer des valeurs republicaines

Arguments contre

  • • Le legislateur n'a pas a dicter l'histoire
  • • Risque de limiter la liberte de recherche
  • • Petition des historiens « Liberte pour l'histoire » (Pierre Nora, 2005)
  • • Risque de « concurrence des memoires »

Debat cle : En 2005, 19 historiens signent la petition « Liberte pour l'histoire », initiee par Pierre Nora, pour s'opposer aux lois memorielles. Ils affirment que « l'histoire n'est pas la morale » et que « dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni a l'autorite judiciaire de definir la verite historique ».

Justice transitionnelle et reconciliation

La justice transitionnelle designe l'ensemble des mecanismes mis en place apres une periode de violences massives pour permettre la transition vers la paix et la democratie.

Mecanismes de justice transitionnelle

  • Poursuites judiciaires : tribunaux nationaux ou internationaux
  • Commissions verite : etablir les faits, recueillir des temoignages
  • Reparations : indemnisations, restitutions, rehabilitations
  • Reformes institutionnelles : purger les responsables, reformer la police, l'armee

Exemples emblematiques

  • Afrique du Sud : Commission Verite et Reconciliation (Desmond Tutu, 1996)
  • Rwanda : tribunaux Gacaca (justice communautaire)
  • Colombie : accords de paix avec les FARC (2016), JEP
  • Argentine : proces de la junte militaire (1985)

Etude de cas : La Commission Verite et Reconciliation sud-africaine (1996-1998), presidee par Desmond Tutu, a offert l'amnistie aux auteurs de violences qui avouaient publiquement leurs crimes. Ce modele unique privilegiait la verite et la reconciliation sur la punition, dans l'esprit de l'ubuntu (humanite partagee).

Auteurs et references cles

Auteurs a connaitre

  • Pierre Nora : lieux de memoire, memoire vs histoire
  • Maurice Halbwachs : memoire collective
  • Raphael Lemkin : inventeur du mot « genocide »
  • Paul Ricoeur : La Memoire, l'histoire, l'oubli (2000)
  • Primo Levi : temoignage sur la Shoah (Si c'est un homme)
  • Henry Rousso : syndrome de Vichy, memoire de l'Occupation

Dates essentielles

  • 1915 : Genocide des Armeniens
  • 1942 : Conference de Wannsee (Solution finale)
  • 1948 : Convention pour la prevention du genocide
  • 1990 : Loi Gayssot
  • 1994 : Genocide au Rwanda
  • 1996 : Commission Verite et Reconciliation (Afrique du Sud)
  • 2001 : Loi Taubira

A retenir pour le BAC

  • La memoire est subjective et plurielle, l'histoire est une demarche scientifique et critique. Les deux interagissent mais ne se confondent pas.
  • Les trois genocides au programme (Armeniens 1915, Shoah 1941-1945, Tutsi 1994) partagent des mecanismes communs : deshumanisation, planification, execution de masse.
  • Les lois memorielles suscitent un debat entre devoir de memoire et liberte de l'historien.
  • La justice transitionnelle (tribunaux, commissions verite, reparations) vise a concilier justice et reconciliation.
  • Retenez la formule de Paul Ricoeur : il faut un « juste equilibre » entre memoire, histoire et oubli.
Ketty