Platon
428-348 av. J.-C. • Idéalisme platonicien
Thèse principale :
La vérité est éternelle et immuable : elle réside dans le monde intelligible des Idées, accessible par la raison et la dialectique, non par les sens qui ne donnent accès qu'aux apparences changeantes.
Développement :
- 1
Pour Platon, la connaissance sensible n'est qu'opinion (doxa) : elle porte sur les apparences changeantes du monde matériel. La véritable connaissance (episteme) porte sur les réalités intelligibles, les Idées éternelles et immuables (le Beau en soi, le Juste en soi, le Bien).
- 2
L'allégorie de la caverne illustre cette conception : les hommes enchaînés prennent les ombres pour la réalité. Seul le philosophe, en se libérant de ses chaînes et en sortant de la caverne, accède à la vérité en contemplant le monde des Idées éclairé par le Soleil (symbole du Bien).
- 3
La dialectique, art du dialogue philosophique, permet de s'élever progressivement des opinions vers la vérité. La réminiscence (anamnèse) joue aussi un rôle : connaître, c'est se souvenir des Idées que l'âme a contemplées avant de s'incarner. La vérité préexiste donc à sa découverte.
Citations clés
"Tant que nous aurons notre corps et que notre âme sera pétrie avec cette chose mauvaise, nous n'atteindrons jamais complètement ce que nous désirons. Or ce que nous désirons, disons-nous, c'est la vérité."
— Phédon
"Mais, repris-je, si j'ai raison, il faut, dans l'éducation et dans la philosophie, employer non pas l'art de mettre la vue dans l'organe, mais, l'organe ayant déjà la vue, l'art de le tourner et de le diriger pour qu'il regarde du bon côté."
— La République, Livre VII (allégorie de la caverne)
En dissertation :
Mobiliser Platon pour distinguer opinion et savoir, apparence et réalité. Utile pour défendre l'existence de vérités objectives et universelles contre le relativisme. Peut être critiqué pour son mépris du sensible et pour le caractère mystique de la théorie de la réminiscence.
René Descartes
1596-1650 • Rationalisme
Thèse principale :
La vérité est ce qui résiste au doute méthodique et s'impose à l'esprit avec évidence. La raison, guidée par la méthode, peut atteindre des vérités certaines et indubitables.
Développement :
- 1
Dans les Méditations métaphysiques, Descartes pratique le doute méthodique : il suspend provisoirement son assentiment à toutes les croyances qui peuvent être douteuses. Les sens nous trompent parfois, les raisonnements peuvent être erronés, on peut confondre rêve et réalité. Même les mathématiques peuvent être mises en doute par l'hypothèse du Dieu trompeur ou du Malin génie.
- 2
Mais une vérité résiste au doute : « Je pense, donc je suis » (cogito ergo sum). L'existence du sujet pensant est indubitablement vraie dès lors qu'il pense, même s'il se trompe. C'est la première vérité certaine, fondement de toute connaissance.
- 3
Descartes établit ensuite des critères de vérité : l'évidence (ce qui est clair et distinct à l'esprit) et la méthode (diviser les difficultés, procéder du simple au complexe, faire des dénombrements). La véracité divine garantit que ce qui est évident est vrai : Dieu, parfait, ne peut nous tromper. L'erreur vient d'un mauvais usage de notre libre arbitre.
Citations clés
"Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer."
— Discours de la méthode, 4e partie
"Je pense, donc je suis [...] et jugeant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais."
— Discours de la méthode, 4e partie
En dissertation :
Descartes est incontournable pour parler de méthode, de certitude et de fondement de la connaissance. Le cogito illustre une vérité indubitable. Mobiliser pour défendre la puissance de la raison. Peut être critiqué : le doute est-il vraiment radical ? La preuve de Dieu est-elle convaincante ? Le cogito n'est-il pas une pétition de principe ?
Friedrich Nietzsche
1844-1900 • Philosophie du soupçon / Perspectivisme
Thèse principale :
Il n'y a pas de vérité absolue, seulement des interprétations. La « volonté de vérité » cache souvent une volonté de puissance. Les prétendues vérités sont des illusions nécessaires à la vie.
Développement :
- 1
Nietzsche critique radicalement la métaphysique occidentale et sa croyance en une vérité objective, absolue et universelle. Pour lui, cette « volonté de vérité » est suspecte : elle exprime un nihilisme, un refus de la vie au profit d'un monde « vrai » illusoire (Dieu, Idées, Chose en soi).
- 2
Le perspectivisme nietzschéen affirme qu'il n'y a pas de faits, seulement des interprétations. Toute connaissance est située, conditionnée par un point de vue, des intérêts vitaux, une volonté de puissance. Ce que nous appelons « vérité » n'est qu'une interprétation qui s'est imposée historiquement.
- 3
Les « vérités » sont des métaphores oubliées, des conventions linguistiques et sociales. Nietzsche ne tombe pas dans un relativisme nihiliste : il distingue les interprétations qui affirment la vie (celles des forts) et celles qui la nient (morale des faibles, idéaux ascétiques). La vérité doit être évaluée selon son utilité vitale, non selon un critère abstrait de correspondance.
Citations clés
"Qu'est-ce donc que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d'anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont."
— Vérité et mensonge au sens extra-moral (1873)
"Il n'y a pas de phénomènes moraux, mais seulement une interprétation morale des phénomènes."
— Par-delà bien et mal, § 108
En dissertation :
Nietzsche est essentiel pour critiquer le dogmatisme et l'absolutisme. Mobiliser pour questionner la neutralité de la vérité et montrer qu'elle est toujours liée à des intérêts. Pertinent pour aborder le relativisme. Attention à ne pas en faire un simple relativiste : Nietzsche hiérarchise les interprétations selon leur valeur vitale.
Martin Heidegger
1889-1976 • Phénoménologie / Ontologie
Thèse principale :
La vérité (aletheia) n'est pas d'abord l'adéquation du jugement à la chose, mais le dévoilement de l'être. La vérité est un événement, une manifestation, plus qu'une propriété d'un énoncé.
Développement :
- 1
Heidegger revient à l'étymologie grecque de vérité : aletheia signifie « non-voilement », dévoilement. La vérité n'est pas d'abord une propriété logique d'un énoncé (vérité-correspondance), mais un phénomène ontologique : l'être se dévoile, se manifeste. Il y a vérité quand l'étant sort de l'oubli et apparaît.
- 2
Dans Être et Temps, Heidegger montre que la vérité comme adéquation (correspondance) est une conception dérivée. Avant de pouvoir juger qu'un énoncé correspond à la réalité, il faut que cette réalité se soit déjà dévoilée à nous. La vérité originaire est l'ouverture du Dasein (être-là, l'homme) au monde.
- 3
La vérité est donc ambiguë : elle est à la fois dévoilement et voilement. Toute révélation cache autre chose. L'art, notamment, peut être un lieu privilégié de vérité : dans l'œuvre d'art, l'être se manifeste de manière éclatante. Heidegger critique la technique moderne qui transforme la nature en « fonds disponible » et oublie cette dimension de dévoilement.
Citations clés
"Le 'vrai' dans son sens le plus originaire, c'est ce que les Grecs nommaient et qui donc régit toute conception occidentale de la vérité : aletheia, c'est-à-dire le non-voilé, le non-caché, bref : ce qui n'est pas dissimulé."
— De l'essence de la vérité (1943)
"L'ouverture du comportement en tant que possibilité interne de l'exactitude n'est fondée que sur la liberté. L'essence de la vérité est la liberté."
— De l'essence de la vérité
En dissertation :
Heidegger permet de dépasser la conception purement logique de la vérité. Utile pour montrer que la vérité n'est pas seulement affaire de jugement mais d'expérience et de dévoilement. Peut être mobilisé pour parler de l'art comme lieu de vérité. Attention : sa philosophie est difficile et nécessite des précautions conceptuelles.
Karl Popper
1902-1994 • Falsificationnisme / Rationalisme critique
Thèse principale :
Une théorie scientifique n'est jamais définitivement vraie, seulement « non encore réfutée ». La science progresse par conjectures et réfutations, non par vérifications. Le critère de scientificité est la réfutabilité.
Développement :
- 1
Popper critique l'inductivisme : on ne peut jamais prouver définitivement une loi universelle par accumulation d'observations particulières (problème de l'induction de Hume). Peu importe le nombre de cygnes blancs observés, on ne peut conclure que « tous les cygnes sont blancs » : un seul cygne noir suffit à réfuter cette loi.
- 2
Le critère de démarcation entre science et non-science n'est pas la vérifiabilité mais la réfutabilité (falsifiabilité) : une théorie est scientifique si elle peut être testée et potentiellement réfutée par l'expérience. Une théorie irréfutable (comme l'astrologie ou la psychanalyse selon Popper) n'est pas scientifique.
- 3
La science ne progresse pas en accumulant des vérités certaines, mais en éliminant les erreurs. Une théorie scientifique est toujours provisoire, « non encore réfutée ». On ne peut jamais dire qu'elle est vraie, seulement qu'elle a résisté aux tests jusqu'à présent. Le progrès scientifique est un processus de conjectures audacieuses et de réfutations sévères.
Citations clés
"Le critère de la scientificité d'une théorie réside dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter ou encore de la tester."
— La Logique de la découverte scientifique (1934)
"Notre science n'est pas une connaissance (episteme) : elle ne peut jamais prétendre avoir atteint la vérité, ni même un substitut de la vérité comme la probabilité."
— La Logique de la découverte scientifique
En dissertation :
Popper est incontournable pour traiter la vérité scientifique. Permet de montrer que les sciences ne produisent pas de vérités absolues et définitives. Utile pour critiquer le dogmatisme scientifique. Peut être nuancé : certaines théories scientifiques sont si bien confirmées qu'on peut les dire vraies (la Terre tourne autour du Soleil). Sa critique de la psychanalyse et du marxisme peut être discutée.
